Histoire - Centrafrique

4 décembre 1977 : Bokassa Ier, empereur de Centrafrique

Colonel à la retraite
 

C’était l’époque des pattes d’éléphant et des cols pelle à tarte. À la mi-journée, Yves Mourousi régnait sur le journal télévisé de TF1 et Patrick Poivre d’Arvor trônait sur celui d’Antenne 2 à 20 heures. Giscard d’Estaing, qui voulait faire moderne, avait banni la jaquette des cérémonies officielles mais, en même temps, avait décidé de ralentir le rythme de « La Marseillaise », lui donnant ainsi une allure moins martiale, plus monarchique.

Et, en ce dimanche 4 décembre 1977, la France de Giscard découvrait que la Centrafrique, ancienne colonie de l’Oubangui-Chari, l’un des pays les plus pauvres du monde, se payait le luxe d’un couronnement impérial. Jean-Bedel Bokassa, président à vie de cette république qui porte si bien géographiquement son nom et indépendante depuis 1960, se couronnait empereur de Centrafrique dans le palais des sports de Bangui, rebaptisé pour la circonstance « Palais du couronnement ». Une cérémonie que PPDA qualifia dans son journal télévisé de « couronnement africo-napoléonien ». Commentaire du journaliste pour « introduire le sujet » : « Notre propos ici n’est pas de juger mais de vous montrer. Et je crois que le spectacle, avec tout le recul que nous pouvons y introduire, vu de France, en vaut la peine… » Un commentaire qui traduisait quelque peu la gêne de la France face à cette cérémonie hésitant entre le grandiose et le grotesque.

Un embarras qui se traduisit par la représentation relativement modeste de la France au couronnement. Pas de Giscard, évidemment, pas de Raymond Barre, alors Premier ministre, mais seulement Robert Galley, ministre de la Coopération. Certes, l’ancien capitaine des troupes coloniales et des Forces françaises libres qu’était le nouvel empereur ne fut sans doute pas insensible à la présence de ce ministre, gaulliste historique, ancien de la 2e DB et gendre du maréchal Leclerc. Certes, le Président français daigna expédier la musique des troupes de marine ainsi que des chevaux du haras du Pin pour tirer péniblement – les pauvres bêtes ! – les carrosses de la Cour, et offrit un sabre de l’époque napoléonienne. Mais Robert Galley n’était là que par défaut car la petite histoire raconte que Louis de Guiringaud, ministre des Affaires étrangères, ainsi que le fidèle Michel Poniatowski, prince et dignitaire de la Giscardie, refusèrent de se coltiner la corvée impériale.

Quel parcours, en tout cas, pour ce Jean-Bedel, orphelin, élevé par les pères missionnaires et engagé en 1939, à l’âge de 18 ans, comme simple soldat ! Débarquement en Provence, campagne de France, guerre d’Indochine, croix de guerre, Légion d’honneur. Après l’indépendance de son pays, Bokassa gravit très vite les échelons de la nouvelle armée centrafricaine : colonel en 1964, il est chef d’état-major la même année. C’est le 31 décembre 1965 qu’il prend le pouvoir lors d’un coup d’État. L’on y a vu la main de Jacques Foccart, secrétaire général pour les Affaires africaines et malgaches à l’Élysée. Mais rien n’est moins certain. En tout cas, de Gaulle découvrit, le 1er janvier 1966, le coup d’État en s’exclamant : « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » Et Foccart d’expliquer qu’il connaissait bien Bokassa, qu’il était francophile. À une époque où la diplomatie chinoise tentait de pousser ses pions dans ce pays stratégique de par sa centralité… Alors va pour Bokassa !

Bokassa Ier ne profita pas longtemps de son trône. Le 20 septembre 1979, alors qu’il se trouve en Libye chez le colonel Kadhafi, sans doute pour s’en rapprocher diplomatiquement, l’empereur est renversé avec le soutien de la France (c’est l’opération Barracuda).

En 1985, la carcasse du trône impérial, évidemment dépourvue de son or, gisait lamentablement aux abords de l’ancien Palais du couronnement. Sur le marché de Bangui, on vendait sous le manteau les petites cuillères en vermeil du service impérial, frappées d’un aigle aux ailes déployées dans le soleil. En 1998, un des nombreux enfants de l’ancien empereur (mort en 1996), altesse impériale, donc, effectuait son service militaire en France dans un régiment de la région parisienne. Il semble me souvenir qu’il termina maréchal des logis.

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