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Accouchements : 30 % des hommes auraient préféré ne pas assister à la naissance de bébé… Et maman, qu’est-ce qu’elle en dit ?

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Dimanche dernier, le 5 mai, était la Journée internationale des sages-femmes (qui peuvent, désormais, être aussi des sages-hommes). À cette occasion, le journal britannique The Independent a publié les résultats d’une étude dont le site Slate.fr se fait l’écho. Elle a été menée auprès de 600 jeunes pères ayant assisté à la naissance de bébé.

Résultat : 30 % auraient préféré ne pas assister/être témoin/participer à l’accouchement.

Je serais tentée d’ajouter : et encore, ceux-là l’ont-ils avoué… Hélas, la question subsidiaire n’a pas été posée : combien de femmes auraient également préféré que l’homme de leur vie n’y assistât point ?

Les exemples vécus ayant un autre pouvoir, je vais vous conter une anecdote qui remonte à la fin de la décennie 80. On était en plein rêve d’émancipation féminine ; l’avortement était comme le « it bag » – la chose à avoir vécu. On nous expliquait, ici et là, que les femmes devaient prendre conscience de leur corps, les femmes gynécos obligeaient à se regarder l’entre-jambe dans un miroir (je n’invente rien) pour bien savoir comment ça se passait par là. La péridurale devenait la norme et l’on invitait les hommes à se retrousser les manches pour entrer en salle de travail.

Un soir, mon époux et moi fûmes invités à dîner chez des amis fraîchement devenus parents. Je précise : pas du tout le genre bohème baba-cool. Ils pratiquaient tous deux la photo en bons amateurs et voilà qu’à l’heure de l’apéritif, Monsieur déroule son écran pour nous projeter ses dernières diapos. Ah, me dis-je, on va avoir droit aux vacances dans le Cantal…

Erreur ! Nous eûmes droit à l’accouchement de Madame. De face, de profil, apparition du crâne, sortie de la tête. Je vous épargne la suite.

Comment vous dire… Elle était bonne cuisinière, mais l’appétit m’a manqué.

Alors, égoïstes, les hommes ? Non. Simplement « si la majorité des 612 hommes interrogés assurent qu’ils voulaient soutenir leur partenaire, près de la moitié d’entre eux (47 %) expliquent qu’ils n’étaient pas préparés à ce à quoi ils allaient assister »… Seul 1 sur 10 pense que sa présence a été utile quand les autres confient « avoir eu le sentiment d’être un “intrus”, de ne “servir à rien”, ou encore d’être “submergé par l’émotion” ».

Qu’ont fait tous ceux-là pour s’en sortir ? Ils ont choisi « l’humour », nous dit-on, ce que la parturiente sur son lit de douleur a sans doute jugé comme particulièrement déplacé : 21 % d’entre eux disent, ainsi, avoir traversé ce moment de panique en faisant des « blagues inappropriées », en « jouant avec les ustensiles médicaux » ou encore en « publiant du contenu sur les réseaux sociaux », soit la version moderne de l’épisode cité plus haut.

Hélas, la question n’a pas été posée aux jeunes mères sur l’opportunité de la présence de leur compagnon. On a, en revanche, interrogé les futures mamans : sur 1.338 à qui l’on a posé la question, un tiers « avouent s’inquiéter de l’attitude qu’adoptera leur conjoint durant l’accouchement ».

Aujourd’hui, 8 pères sur 10 seraient présents en salle de travail durant l’accouchement. Comme l’écrit fort justement le site Magicmaman.com, « c’est devenu une mode et on se demande si l’on ne voudrait pas les y entraîner de force : depuis le début des années 80, une pression sociale, lourde de sous-entendus, a rendu la présence des hommes en salle de naissance presque obligatoire et en a culpabilisé plus d’un. Assister à la naissance de bébé est perçu désormais comme un parcours initiatique incontournable. »

J’ai fait ma propre enquête auprès des jeunes femmes de mon entourage. Elles ont, en moyenne, trois ou quatre enfants quand ma génération n’en avait souvent que deux. Dans un temps où la grossesse est devenue une maladie à surveiller de près, elles sont de plus en plus nombreuses à regretter cette surmédicalisation. Et à dire sans complexe qu’elles auraient aimé que ce soit un moment « entre femmes », parce que – je ne vous apprends rien – même auprès d’un être aimé, la pudeur en prend un coup !

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