Audio - Culture - Editoriaux - Médias - Presse - 17 avril 2018

AFP : prise de pouvoir à « bottes feutrées »

Elles ne sont pas feutrées pour protéger du froid, en ce début de printemps, mais pour faire moins de bruit : ceux des bottes sont déplaisants à entendre, porteurs de violence, parfois de sang, de sueur et de larmes. La semaine dernière, des bottes bruyantes ont permis aux bottes discrètes de passer plus ou moins inaperçues : elle marchaient sur d’épaisses moquettes et tapis parisiens.

La nomination du président de l’AFP a eu lieu la semaine dernière. Un processus « vertueux » devait appeler le conseil d’administration à choisir entre deux candidats, deux projets, choisis par un comité restreint. L’un était le président sortant, Emmanuel Hoog, et l’autre Fabrice Fries. D’autres candidats avaient été préalablement écartés par un comité restreint d’administrateurs mandatés à cet effet. En théorie, rien d’anormal : cela correspond à une façon saine d’évaluer les candidatures, permettant un processus ouvert, transparent et maîtrisé, et respectueuse des mandats confiés aux administrateurs. Bref, la conformité parfaite avec le manuel de bonne gouvernance.

Et puis, la veille du conseil d’administration où est inscrite, à l’ordre du jour, la décision de renouvellement ou de nomination du président de l’AFP, le cabinet du ministère de la Culture informe le président sortant qu’il n’aura pas le soutien de l’État, qui dispose de trois voix sur dix-huit. Emmanuel Hoog retire sa candidature au dernier moment. Fabrice Fries est élu.

Certes, l’AFP est une agence de presse qui, malheureusement, n’est pas « cash-flow positive » : ses ressources commerciales ne lui permettent pas de financer son exploitation et ses investissements, sans même parler de rémunérer les capitaux mis en œuvre. Alors, l’État lui invente une mission de service public et abonde à son budget comme client et bailleur de subventions. Et impose un statut hybride et dispose de pouvoir au sein du conseil d’administration. Mais pas question d’y voir une mainmise de l’exécutif sur l’information : la collégialité des décisions est garantie par la pluralité des intervenants et l’indépendance de certains d’entre eux.

Trois administrateurs indépendants ont fait paraître, via l’AFP, lundi 16 avril, une lettre ouverte au ministre de la Culture où ils ont expliqué leur abstention lors de ce vote, et mis en évidence les nombreux problèmes que pose cette façon d’agir. Ils n’hésitent pas à parler d’« administrateurs pris en otages ». Mais ils ne sont pas allés jusqu’à voter contre : pas question de quitter le confort des ballerines et des souliers vernis pour chausser des bottes !

La nomination de Mme Delphine Ernotte à la tête de l’audiovisuel public avait, en son temps, fait couler de l’encre, et cela continue avec les récentes révélations du palmipède du mercredi. Le pouvoir souhaite sauver les apparences d’une muraille de Chine infranchissable entre lui et les médias et leurs sources. Mais, depuis toujours, il ne veut pas laisser ses instruments de propagande dans n’importe quelles mains. Et ne recule devant rien pour y parvenir. Il ne diffère pas beaucoup, en cela, des pouvoirs totalitaires qui ont ensanglanté le XXe siècle et qui ont toujours tout fait pour s’assurer d’un contrôle aussi exclusif que possible sur l’information. Seul le cuir a été remplacé par du feutre ; la nature de la chaussure est la même.

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