Et après les déserts médicaux, quoi d’autre ?

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

C’est un sujet qui fait vendre, depuis quelques années. Un sujet, surtout, fort inquiétant pour une part importante de la population française : hors des grandes métropoles, point de salut sanitaire. La France voit s’étendre partout des « déserts médicaux ». Résultat : si vous êtes malade, allez vous faire voir ailleurs que chez vous, là où, très hypothétiquement, vous trouverez peut-être un praticien pour vous recevoir. Sinon, vous échouerez dans un service d’urgences hospitalières (si l’hôpital local n’a pas déjà fermé) encombré par la bobologie.

Le terme de désert médical répond à une statistique : un nombre de médecins pour 100.000 habitants inférieur à la moyenne nationale, laquelle est de 300. Pour information, on compte à Paris 798 médecins contre 128 seulement dans le département de l’Eure, toujours pour 100.000 habitants.

Les reportages se multiplient sur le sujet, parfois éclairés d’un drame : les déserts médicaux font aussi des morts. Inévitable quand il faut attendre des mois, parfois plus d’une année, pour un rendez-vous chez un spécialiste. Pourtant, nous dit-on, il n’y a pas de baisse du nombre de médecins en France mais une évolution de leur répartition. La carte des déserts est globalement celle de la ruralité et des lointaines périphéries urbaines, se superposant « assez bien », disent les géographes, à « la répartition des ouvriers dans l’espace français ». Conclusion logique : mieux vaut être un cadre urbain qu’un ouvrier agricole.

Est-on là dans une spécificité française ? Non, bien sûr. La situation est identique chez nos voisins européens, bien pire sur d’autres continents – l’Afrique, par exemple – qui nous envoient leurs élites pour combler nos manques.

Alors, me direz-vous, quelle est la suite ? J’imagine qu’elle n’est pas rose du tout. Je la vois comme une fracture toujours plus béante entre ceux qui auront les moyens et ceux qui ne les auront plus. À la clé, une disparition de l’humain. J’entends par là que seuls auront accès à un médecin de chair et d’os ceux qui pourront payer le prix fort. Aux autres, on offrira au mieux l’hyper-technologie des cabines connectées où l’on entrera comme dans une Sanisette® améliorée. Une fois assis sur le trône, un bras articulé nous prendra la tension, un autre ira sonder notre vessie, tandis qu’un scanner nous passera au crible avant qu’une voix numérique ne délivre une analyse succincte. On sortira le portable pour débiter le compte bancaire, et retour à la maison.

Pour les autres, « les riches », comme dirait Mélenchon, ça ne sera pas forcément mirobolant. J’en veux pour exemple le cas d’une personne qui m’est très proche. Elle vit à Westport, dans le Connecticut. Fait partie de la classe aisée, dispose d’une bonne assurance santé. Au retour de ses vacances en France, son médecin traitant lui a annoncé qu’elle devrait maintenant lui verser 3.000 dollars par an pour demeurer sa patiente. Sinon… débrouillez-vous, Madame.

Cette situation est en train de devenir la norme aux États-Unis. À noter que la somme demandée par ce médecin du Connecticut se situe dans la fourchette basse. Chez les (vrais) riches, ça peut tourner autour de 80.000 à 100.000 dollars annuels. Pour ce prix-là, le médecin prend les rendez-vous, vous accompagne chez les confrères, vous tient la main chez le dentiste ou chez le proctologue. Dort dans votre suite si l’on vous opère. Peut même faire un câlin à l’heure de s’endormir…

Vous croyez que ça n’arrivera pas chez nous ? Moi si. Ça prendra un peu de temps, comme tout ce qui nous vient d’outre-Atlantique, mais je suis sûre qu’on y court.

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