Entretien - Rassemblement National

Guillaume Bernard : « Ce changement de nom du FN ne traduit pas un changement de ligne dans la stratégie de Marine Le Pen »


Politologue et maître de conférences (HDR) à l’ICES (Institut Catholique d’Etudes Supérieures).

 

Le congrès du Front national s’est tenu ce week-end à Lille. Changement de nom, réaffirmation pour Marine Le Pen de son autorité auprès des ses militants, nomination de nouveaux cadres, le nouveau visage du désormais Rassemblement national permettra-t-il de réaliser l’union des droites ?

Guillaume Bernard, politologue et maître de conférences (HDR) à l’ICES (Institut catholique d’études supérieures), livre son analyse au micro de Boulevard Voltaire.
Selon lui, en maintenant le clivage « mondialistes » contre « nationaux », Marine Le Pen ne modifie en rien sa stratégie. La recomposition de la droite passe par l’élimination des forces politiques existantes et l’émergence d’une nouvelle droite alternative.

Vous avez suivi avec beaucoup d’attention le congrès du Front national.
Quelle est votre analyse?

« Je crois tout d’abord que la réunion de ce congrès était statutairement prévue. Il était normal qu’il se tînt. Mais je crois aussi qu’il y avait un certain tangage au sein de l’organisation. Marine Le Pen a certes réussi à être au second tour de la présidentielle, mais a fait un score en-deçà des espérances du Front National. Par conséquent, son autorité était battue en brèche. Elle était en partie discréditée dans l’opinion publique. Il fallait donc qu’elle réaffirme son autorité.
De ce point de vue là, il semble qu’elle ait réussi à réaffirmer son pouvoir dans l’appareil et de mettre à ses côtés, dans les instances dirigeantes, les personnes qui lui sont proches et dévouées. »

Avec son nouveau nom, censé être plus ouvert et moins clivant, le Front National est-il capable d’engager des alliances à droite ?

« C’est une question très importante. Pour autant, le changement de nom ne traduit pas un changement de ligne. On a bien vu qu’avec le départ de Florian Philippot, il y avait peut-être la possibilité pour le Front national de changer de stratégie et de discours global. Or, Marine Le Pen est restée sur les mêmes principes que ceux qui avaient animé sa campagne présidentielle. Certes, elle a davantage parlé d’identité et d’immigration. Elle a également innové en abordant des questions liées à la bioéthique, au transhumanisme et aux questions anthropologiques. Néanmoins, elle a parfaitement reconduit son positionnement politique sur l’opposition entre les nationaux et les mondialistes. Cette opposition est réelle tant d’un point de vue doctrinal que d’un point de vue électoral, mais réductrice. Elle a voulu maintenir l’illusion que le clivage droite-gauche n’existe pas.
Comment peut-elle envisager de faire des alliances, tout en disant que par ailleurs, il n’y a pas de clivages droite-gauche ? Avec qui veut-elle faire des alliances ?
Je pense que le changement de nom va être adopté par les militants parce qu’il n’y pas tellement d’éloignement entre Front National et Rassemblement national. Ce dernier avait d’ailleurs été utilisé pour les législatives de 1986. Il y a également le maintien de la flamme, qui permettait de maintenir un symbole et une certaine continuité. Par conséquent, le changement de nom sera sans doute avalisé, mais il ne traduit pas une modification de la stratégie ni une inflexion de son discours. »

Ce type de congrès aide-t-il l’union de la droite ?

« Je crois que nous sommes dans une situation extrêmement claire. LR et le Front National espèrent l’un et l’autre tuer l’autre parti politique et récupérer les électeurs lors des prochaines élections européennes. Ils s’imaginent qu’après avoir éliminé l’autre parti politique, ils pourront gagner ou progresser lors des élections locales, les municipales, les départementales et les régionales, et donc arriver en force à la présidentielle. Je crois malheureusement que cela risque d’aboutir à l’échec. Ils vont plutôt s’affaiblir réciproquement, et ne constitueront pas une force politique capable de repousser Emmanuel Macron vers la gauche.
Il me semble que l’union des droites ou, plus précisément, l’unité de la droite, est possible mais à condition de se passer des actuels partis qui ont un esprit sectaire et boutiquier. L’unité de la droite est possible à condition de repartir sur une autre droite, une autre formation politique, une droite alternative qui pourrait évidemment réunir des personnes qui viennent de tous les partis politiques qui sont véritablement de droite.
Il y a des gens de droite à LR, il y a des gens de droite au Front National, au PCD, au SIEL, au PDF etc. À mon sens, la recomposition de la droite passe par l’élimination des forces politiques actuelles telles qu’elles existent et par l’émergence d’une nouvelle force de droite alternative. »

Politologue et maître de conférences (HDR) à l’ICES (Institut Catholique d’Etudes Supérieures).

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