Agriculture - Culture - Editoriaux - Politique - 12 mars 2018

Christiane Lambert : l’agriculture au féminin

Chritiane Lambert n’a pas été élue présidente du premier syndicat agricole français – la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles – parce qu’elle est une femme, mais pour sa compétence, sa connaissance en profondeur des dossiers. « Christiane est une perfectionniste, elle veut maîtriser parfaitement ses dossiers avant d’arrêter son point de vue », déclare Gérard Pelhate, ancien président de la Mutualité sociale agricole (MSA) et ex-membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Dans un monde dominé par les hommes, elle a tracé sa route en se consacrant à la défense des intérêts de l’agriculture, en remettant celle-ci au cœur de la ruralité, avec beaucoup d’énergie, de courage et de compétence. Si, pour les féministes, cette domination par les hommes est due au machisme du milieu, le bon sens nous indique plutôt la métaphore de l’armoire normande, chère à notre brillante rédactrice en chef Gabrielle Cluzel. Si la force physique est utile au déplacement de ce meuble massif, elle ne l’est pas moins pour se colleter aux tâches quotidiennes nécessaires, par exemple au soin d’un troupeau de vaches.

Finalement, l’arrivée de cette exploitante agricole au pouvoir syndical est la victoire du féminisme hors les murs, celui qui n’établit pas une guerre civile entre les hommes et les femmes, qui n’érige pas le principe d’égalité jusqu’à l’absurde et qui fait du respect mutuel entre les deux sexes une pierre de voûte.

Cette femme de conviction et d’action est respectée dans son milieu, c’est une évidence, mais apparemment, elle n’a pas « séduit », la semaine dernière, Élizabeth Martichoux, journaliste politique à RTL. J’espérais pourtant, de la part de cette dernière, une forme de solidarité féminine propre à bâtir un entretien de qualité.

Le fait que le mot « agricultrice » soit rentré dans Le Petit Larousse, en 1961, année de naissance de cette syndicaliste hors pair, n’était-il pas une manière d’aborder l’entretien ?

Eh bien, non ! Avec Élizabeth Martichoux, l’artillerie lourde est sortie : « Vous êtes la boss, dans un monde hyper-masculin, un monde d’homme pour les hommes, où il y a beaucoup de machisme… » et, ensuite, de lui rappeler un slogan de ses pairs, lors d’une manifestation agricole, alors qu’Édith Cresson était le ministre de l’Agriculture : « Édith, on te préfère au lit qu’au ministère. » Christiane Lambert lui répond sobrement, poliment. Au machisme incriminé, elle lui avance le respect et l’éducation qui règnent dans son entourage, et sur les dérapages de la manifestation agricole citée, elle précise que les faits remontent à plus de trente ans.

Cependant, le machisme, voire la misogynie la plus inattendue, est venue de celle qui est censée la combattre, la journaliste elle-même, qui pose cette question surprenante : « Attirer les femmes lorsque les revenus sont de 300 euros, cela ne doit pas être facile. » Faut-il comprendre que les femmes sont vénales ?

Mais, finalement, au fond de tout cela, je peux dire que notre journaliste de RTL est passée à côté d’une chance extraordinaire : celle de faire ressortir que la FNSEA a ouvert une grande mutation du monde agricole. Et que cette mutation est portée par une femme, et non la moindre (le fait que cette dernière ait reçu le prix 2017 de la « Femme d’influence politique » n’a été traité que trop légèrement). La charte que ce syndicat a signée avec la grande distribution, premier acte concret issu des états généraux de l’agriculture, aurait mérité des explications, ainsi que le contrat de solutions, étape intermédiaire favorisant la recherche et l’innovation pour une agriculture à terme verte et numérique, voulu par ce même syndicat. Chacun de nous devra, cependant, comprendre que l’agriculture biologique est une utopie, un jardin d’Éden regorgeant de délicieuses pommes bio que nous ne croquerons jamais.

Christiane Lambert, une présidente respectée dans un milieu d’hommes, va conduire le monde agricole vers une agriculture raisonnée, respectueuse de l’environnement et moderne dans ses outil, donc réaliste.

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