Discours - Editoriaux - Histoire - Politique - Table - Tribune - 12 mars 2018

Le congrès de l’échec

Ce week-end lillois devait être la grand-messe de Marine et de son parti « refondé ». Dans un discours fleuve de presque deux heures, la leader du FN a lancé des philippiques contre le transhumanisme et le numérique. L’assistance est, finalement, sortie de sa torpeur à l’évocation de l’islam. Chassez le naturel…

Samedi, le congrès de « refondation » a eu l’occasion d’accueillir le sulfureux Steve Bannon, dont le discours était, sans surprise, axé sur des thématiques identitaires et sécuritaires. Drôle de parti qui, pour se « dédiaboliser », fait monter à sa tribune un type que même Trump a lourdé pour extrémisme.

Vous l’aurez sans doute noté : le Front national va probablement devenir le Rassemblement national. Un nom plus « fréquentable », selon Marine Le Pen et ses cadres, qui ont gommé le mot « Front », jugé trop martial. Mais pour ceux qui ont connaissance de l’histoire politique française, le nouveau nom ne peut qu’évoquer le Rassemblement national populaire, ce parti collaborationniste fondé en 1941 par Marcel Déat, ami de Pierre Laval et germanophile patenté. Cela dit, en toute objectivité, l’ajout ou la suppression d’un adjectif change tout dans la dénomination d’un parti politique. Rassemblement national fut aussi le premier parti d’extrême droite fondé après la guerre par Tixier-Vignancour, le futur avocat de l’OAS. Comme dédiabolisation, on aurait pu espérer mieux…

Un autre caillou dans la chaussure de Marine Le Pen : une vidéo virale dans laquelle Davy Rodriguez, numéro deux du FNJ, tient des propos racistes contre un videur après une soirée visiblement arrosée. L’intéressé « nie formellement » les propos incriminés et parle d’un « montage vidéo » ! Si la hiérarchie frontiste se montre très critique envers le jeune homme qui a été suspendu, il n’empêche que le Front national se serait bien passé d’un tel incident « en marge » de son congrès.

C’est encore Christophe Barbier qui, quoi qu’on en pense, a eu les mots les plus justes pour décrire ce congrès : « Le Front national a en lui ce virus du dérapage. Et quoi que fasse Marine Le Pen, même si elle donne un remède de cheval, elle n’arrive pas à purger le parti. » Un constat que partage Florian Philippot, pour lequel le FN est « en voie de régression et non de refondation ».

À tous ces problèmes s’ajoute l’ombre de Marion, qui plane sur Marine. Son vrai-faux non-retour sur la scène politique a aiguisé les esprits au sein du FN. Plus de 80 % des militants souhaiteraient son retour en politique… et peut-être une candidature en 2022. Marion a incontestablement de nombreux atouts : jeune, belle, cultivée, charismatique. Elle cumule, néanmoins, des défauts : outre son nom et son programme libéral-conservateur, peu susceptibles d’attirer la majorité des Français, son principal défaut est l’inexpérience. Marion n’a pas pris assez de coups en politique, alors que sa tante a le cuir tanné. Les campagnes présidentielles sont très cruelles…

Le congrès de la « refondation » a été celui de la rediabolisation. Le Menhir peut dormir tranquille : le parti qu’il a fondé n’est pas près de conquérir le pouvoir.

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