Moins de finances pour le bio, victime de son succès

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L’annonce a été faite par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, le 20 septembre au salon Tech&Bio à Bourg-lès-Valence (Drôme). L’État « se désengage des aides au maintien des soutiens versés aux agriculteurs souhaitant s’engager dans la voie d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement […] Nous allons, dès 2018, recentrer les budgets disponibles sur le financement des nouveaux contrats d’aide à la conversion. » Autrement dit, l’État a dû faire un choix : soit continuer à aider les agriculteurs traditionnels, appelés aussi « industriels » par leurs détracteurs, à se convertir à des modes de production biologique (amorçage et transition) ; soit aider ceux déjà en place à poursuivre leur activité (consolidation/maintien) pendant les trois ans qu’exige cette conversion pour obtenir la certification « Bio ». Stéphane Travert a bien expliqué, entre les lignes, que l’État n’avait plus les moyens de financer en même temps ces deux pans de l’agriculture biologique. Le sentiment du ministre et du gouvernement penche plutôt pour soutenir l’amorçage au détriment de la consolidation.

Sur ce point, le gouvernement rejoint la position du secrétaire général de la FNSEA Jérôme Despey qui, en juillet dernier, avait indiqué que « la priorité, c’est l’aide à la conversion. Pour l’aide au maintien, nous pensons que c’est au marché de prendre le relais. »

Sur le papier, la logique se tient.

En effet, jamais le bio n’a connu un tel engouement. Depuis 2007, le secteur a connu une croissance de 278 %, passant de 2,07 milliards de chiffre d’affaires annuel à 7 milliards d’euros. Entre 2002 et 2016, les surfaces certifiées bio sont passées de 342.000 ha à plus d’un million d’ha. Ce sont environ vingt nouvelles fermes biologiques qui voient le jour quotidiennement depuis janvier 2016. Et parce que les Français se soucient un peu plus du contenu de leur assiette, ils sont 9 sur 10 à avoir déclaré consommer bio ces 12 derniers mois, et 7 sur 10 à consommer bio au moins une fois par mois.

Il faut donc faire en sorte que de plus en plus d’agriculteurs traditionnels se convertissent ou que les jeunes qui s’installent le fassent dans le bio. Soit, mais la Fédération nationale d’agriculture s’interroge sur la volonté du gouvernement de voir « l’agribio » atteindre les 8 % de surface agricole utile d’ici à 2020 (6,5 % aujourd’hui), dénonçant au passage « un déni des services environnementaux rendus à la collectivité par la bio ».

En réalité, si le bio trouve ses marques en matière de consommation, l’amont ne suit pas. C’est aussi ce qui explique le recours massif aux produits d’importation, intra et extra-Union européenne. Autosuffisante pour les viandes, les produits laitiers, les œufs et le vin, la France importe massivement des fruits et légumes (dont la moitié exotiques), des produits surgelés bio, des produits de la mer, etc. La balance commerciale est déficitaire. Et puis, la notion de bio n’est pas uniforme dans toute l’Union européenne, la France ayant une législation plus stricte que les autres pays membres. Au-delà des bisbilles politico-financières et des effets d’aubaine qui peuvent en résulter, l’agriculture bio a besoin de règles communes (de la fourche à la fourchette) pour lui assurer une pérennité économique, sociale et environnementale.

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