Politique

Décomposition politique : la situation n’est pas la même à gauche et à droite

 

Dans la décomposition – pardon, dites « transformation » – de la politique française accompagnée – plus qu’organisée – par le Président Macron, à côté du cas du PS, radicalement réglé grâce aux concours des remarquables fossoyeurs que furent MM. Hollande, Valls et Hamon, celui de la droite est plus compliqué : il n’y a pas eu d’effondrement à 6 %, avec double siphonnage d’un côté par Mélenchon, de l’autre par Macron. À droite, le « petit » coincé entre les deux grands – la mouvance Debout la France de M. Dupont-Aignan – n’est pas le passé et le résidu, comme l’est le PS pour la gauche, mais l’avenir de la droite.

À gauche, le PS est devenu un parti croupion, à l’avenir crépusculaire, comme le remarquait ici un contributeur. La France insoumise a certainement atteint son plafond avec le score de M. Mélenchon. D’une part, le bruit qu’elle fait en ce moment, avec les affaires d’appartements de ses élus nationaux et l’affaire Obono, n’est pas vraiment à son avantage. D’autre part, sa dynamique devait beaucoup à la personnalité de M. Mélenchon. Or, non seulement sa cote de popularité s’enfonce à 28 % (-8) d’après le dernier sondage Ipsos pour Le Point, mais il reconnaît lui même les limites du mouvement : « Nous sommes encore bien fragiles », a-t-il déclaré au JDD lors de la convention de son mouvement ce week-end. Surtout, un autre sondage, publié par le JDD le 19 novembre, montre que cette forte érosion de l’électorat mélenchonniste se fait au profit… d’Emmanuel Macron, qui parvient à rallier 22 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, soit 7 points de plus qu’en octobre. Nos Insoumis ne l’étaient pas vraiment tous. Et il est vrai que dans la sociologie des deux électorats de MM. Mélenchon et Macron, on retrouvait un noyau commun, celui des diplômés, avec un gros cœur à gauche et le portefeuille à droite, comme il se doit. Si l’on ajoute à cela la question de son âge et du leadership de son mouvement, qu’il a lui même abordée ce week-end, il est probable que La France insoumise régresse lors des prochaines élections et peine à s’installer durablement dans le paysage politique français. C’est dire la force de destruction et d’attraction du macronisme à gauche. Ni la présence d’un Premier ministre issu de la droite ni une politique jugée libérale à gauche n’empêchent une part conséquente de l’électorat mélenchonniste de soutenir le Président.

À droite, la décomposition est moins avancée. Certes LR comme FN connaissent tous deux des problèmes de leadership, de ligne et de démobilisation. Mais chacun semble camper sur un socle solide d’environ 20 % de l’électorat. Le Président a tout intérêt au maintien du statu quo. Et son siphonnage, s’il rencontre un accueil favorable chez de nombreuses personnalités, se traduit par un saucissonnage de la droite centriste en une kyrielle de chapelles « constructives » : MoDem, UDI, LR ralliés à LREM (Philippe, Darmanin, Le Maire) et, derniers-nés, ceux qui viennent de fonder le parti Agir, avec double appartenance LR. Peu de chance qu’avec une telle atomisation émerge une autre force de centre droit que LREM.

La nouvelle force qui bouillonne, à droite, c’est plutôt entre LR et FN qu’elle se trouve, du côté de Nicolas Dupont-Aignan, de Robert Ménard et de tous ces représentants de la droite hors les murs qui, avec les Amoureux de la France, essaient d’enclencher un mouvement transpartisan en repartant de la base et des fondamentaux de la droite.

Les prochaines élections, les européennes de 2019, permettront de mesurer le poids des forces, anciennes et nouvelles, et l’avancée de la recomposition. Si, à droite, les vieux partis et les nouveaux mouvements n’ont pas suffisamment avancé leur mue, la sanction sera sévère, et le parti du Président pourrait déjouer la loi qui veut que ces élections soient traditionnellement perdues pour lui. M. Macron nous a déjà habitués à de telles surprises.

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