Économie

Donald Trump 1, Xi Jinping 0 : les États-Unis en passe de gagner leur guerre commerciale ?


Députée européenne du FN

 

« I always win », disait Donald Trump lors de la campagne électorale qui lui a permis de devenir le président des États-Unis. Celui qu’on croyait fou ne serait-il pas un négociateur génial, rodé par des décennies dans l’immobilier new-yorkais ? Dans un tweet, The Donald a déclaré : « La Chine va retirer ses barrières douanières parce que c’est ce qu’il faut faire. Les taxes vont devenir réciproques et un accord sera trouvé sur la propriété intellectuelle. » Après avoir fait monter les enchères, la Maison-Blanche descend donc d’un ton, réaffirmant son amitié à l’endroit du président chinois Xi Jinping.

On nous prédisait une guerre commerciale, elle n’aura peut-être finalement pas lieu ; du moins, pas dans les proportions que pouvaient imaginer les Cassandre. Pour être plus précis, le monde est plongé dans une guerre commerciale généralisée depuis déjà des décennies, comme l’a expliqué Emmanuel Todd au Figaro : « Notre libre-échange, avec la tension structurelle sur la demande, c’est déjà de la guerre commerciale. Donald Trump ne fait qu’inverser les règles du jeu à l’intérieur de cette situation de guerre. Il faut arrêter de faire comme si tout cela n’était pas sérieux seulement parce qu’il s’agit de Donald Trump et que la couleur de ses cheveux ne nous plaît pas ou qu’il n’est pas populaire auprès des acteurs milliardaires d’Hollywood… »

Le déficit commercial américain avec la Chine est colossal, de l’ordre de 375,2 milliards de dollars en 2017. Pour Donald Trump, les pratiques commerciales et monétaires prédatrices et déloyales chinoises, comme la sous-évaluation de sa monnaie, maintes fois dénoncée pendant la campagne, avant que le président américain ne nuance ses propos, en seraient l’une des causes principales.

Premiers promoteurs du libre-échangisme économique à sens unique sur la scène internationale, les États-Unis n’ont jamais rechigné au protectionnisme, par pur pragmatisme – un penchant qui, avec Trump, pourrait bien devenir une habitude. Ce même pragmatisme que nous refusons sous nos latitudes, engoncés que nous sommes dans l’« idéologie sans-frontiériste » de l’Union européenne, qui nous condamne à croire que l’ouverture inconsidérée de nos économies, la suppression de toutes les barrières, y compris celles qui ne font que filtrer, nous garantiraient une sorte de prospérité éternelle, sinon de paix structurée autour de l’harmonie concurrentielle.

Aux États-Unis comme en France, les vingt dernières années ont vu les classes moyennes et populaires se paupériser, l’ascenseur social se bloquer, et des pans entiers des territoires se désindustrialiser et se désertifier – comme l’illustre de façon spectaculaire la hausse de la mortalité des Américains blancs défavorisés (le « white trash », comme s’autorisent encore parfois à dire les bien-pensants d’outre-Atlantique, chez qui l’adulation d’un multiculturalisme à la Terra Nova le dispute au classisme et au racisme anti-blanc), selon une étude d’Angus Deaton, prix Nobel d’économie.

Les périphéries exclues des centres profitant de la mondialisation perdent sur toute la ligne, mais elles font aussi des dégâts collatéraux. En subventionnant leurs exportations pour gagner des parts de marché aux États-Unis, les Chinois ont provoqué des dizaines de milliers de pertes d’emploi dans l’Amérique de la « Rust Belt » qui a plébiscité Donald Trump, où se trouve notamment l’industrie de la sidérurgie.

Le libre-échange ne profite pas aux pays qui sont acquis à la doxa, mais à ceux qui trichent. La Chine réussit dans la mondialisation parce qu’elle se protège avec l’outil monétaire et des normes. Idem pour l’Inde de Narendra Modi, qui a augmenté ses droits de douane sur des dizaines de produits de consommation en début d’année, sans que pourtant personne ne s’en émeuve. On le voit avec Donald Trump, du reste, la menace fonctionne. La Chine sait que les États-Unis veulent négocier.

Au fond, il n’y a qu’en Europe qu’on se laisse manger la soupe sur la tête. Et si, nous aussi, nous comprenions enfin les règles non écrites de la mondialisation économique ?

Députée européenne du FN

Cet article a été lu 3323 fois
Cette statistique n'est pas mise à jour en temps réel