Emmanuel Macron, les protestants et la laïcité

Professeur de philosophie
 

Il y a 500 ans, Luther placardait ses thèses sur l’église de Wittemberg. Cet acte est considéré comme la naissance de la Réforme. Pour marquer cet anniversaire, la Fédération protestante de France organisait, ce week-end, un colloque. Emmanuel Macron s’y est exprimé et a dit tout le bien qu’il pensait des protestants, les appelant à continuer à être les « vigies de la République ».

Véritable proximité spirituelle due à sa proximité avec Paul Ricœur, abondamment cité, ou flatteries destinées à amadouer une famille religieuse dans la perspective de réformes sociétales à venir ?

Le précédent de sa présidence des Fêtes johanniques à Orléans où son éloge de Jeanne ressemblait plus à son propre éloge laisse pour le moins planer un doute…

Le reste de son discours ne dissipe pas ce doute.

Un passage pour dire que la laïcité n’est pas une religion d’État qui combattrait les autres religions.

Un autre pour s’excuser de ne pas appliquer les recommandations de la CIMADE (organisme d’aide aux étrangers d’obédience protestante) en matière d’immigration. Une formule alambiquée, enfin, à propos des lois de bioéthique (suicide assisté et PMA) : « La manière que j’aurai d’aborder ces débats ne sera en rien de vous dire que le politique a une prééminence sur vous et qu’une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n’est pas mûr. »

On croit comprendre qu’il ne promulguera pas de loi sur ces sujets sans prendre l’avis des protestants et des autres religions de France, mais ce n’est pas très clair.

S’agit-il de faire « mûrir » le débat dans le sens qu’il souhaite, d’éviter le retour de manifestations comme en 2013 contre le mariage homosexuel, ou de réellement prendre en compte les objections sérieuses des chrétiens mais aussi des juifs et des musulmans contre des pratiques attentatoires à la dignité humaine?

M. Macron n’est pas réputé pour sa religiosité. Peut-être a-t-il une pratique privée ou sa foi est-elle sincère. Nous n’en jugerons pas. Mais son attitude envers les religions n’est, en fait, pas très nouvelle.

On a souvent reproché à la religion de s’immiscer dans le politique, de vouloir contrôler le politique à son profit. La réalité est que le politique a plus à gagner d’un soutien du religieux que l’inverse. Il y gagne une onction que ses seules forces ne peuvent lui assurer.

Les protestants ont compris parmi les premiers, avec les juifs, l’intérêt d’une distinction du politique et du religieux.

L’Église a sans doute plus tardé à lâcher ses intérêts temporels, mais elle a maintenant compris l’intérêt d’une laïcité ancrée dans la parabole du denier de César.

Il serait temps que les politiques le comprennent aussi en cessant de draguer les courants religieux en fonction de leur intérêt supposé.

Il faudrait donc que cesse la présence des politiques à ce genre de colloque ou au dîner annuel du CRIF, et le soutien intéressé à certains imams. L’arrêt des attaques contre les traditions religieuses françaises serait aussi nécessaire.

La laïcité est, certes, la non-ingérence de la religion dans les affaires de l’État, elle est aussi la non-ingérence de l’État dans les affaires des religions.

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