États généraux de la bioéthique : point d’étape

Vaste mascarade destinée à amuser la galerie, hochet lancé aux bio-conservateurs pour laisser s’exprimer des avis dont nul compte ne sera tenu par un camp du progrès qui disposerait d’un monopole sur la vérité, l’hypothèse a été évoquée. Il y a un faisceau d’indices concordants, mais est-il suffisant pour en tirer une conclusion ? Voici quelques points saillants à mettre en perspective.

Il y a les réunions publiques. Il s’y constate que les militants bio-conservateurs sont présents et mobilisés, qu’ils respectent l’éthique d’un débat pluraliste et que leur nombre indispose les tenants du progrès, marginalisés du fait de leurs faibles cohortes ou d’une insuffisante mobilisation. Ceux qui voudraient bâtir une pseudo-éthique sur mesure en manipulant un consensus bidouillé en sont pour leurs frais. Alors, ils s’indignent, comme Mediapart, qui titre que « la Manif pour tous accapare les débats », mais doit ainsi reconnaître sa présence « massive ».

Il y a le site Internet national. La bonne tenue dont je me faisais l’écho, le 20 février, est dorénavant toute relative. L’ambiguïté des formulations sur les thèmes de réflexion proposés par le CCNE n’a pas disparu. Le troll, ce pollueur de la Toile, y déverse dorénavant des arguments à l’emporte-pièce, des attaques ad hominem, des insultes. La visite des corbeilles devient édifiante pour identifier quel camp respecte l’éthique du débat.

Les thèmes de réflexion proposés par les citoyens sont souvent très connotés militants, parfois au détriment de l’intérêt réel des problèmes et des discussions qu’ils devraient susciter. Il y aussi des réflexions de qualité, exprimées avec précision et bonne tenue. L’impression d’ensemble qui en résulte est celle d’une cacophonie dont nous serions les auteurs, compositeurs et interprètes, et l’on peut légitimement douter qu’il soit possible de sortir des synthèses de ces gloubi-boulga. Ce n’est pas une raison pour déserter…

Jupiter ne saurait descendre dans l’arène. Il organise des dîners et il y convie des personnes qualifiées et représentatives d’opinions diverses. Celui sur l’euthanasie a eu lieu, ceux sur l’intelligence artificielle et la PMA sans père sont dans les tuyaux. La discrétion de l’exécutif (Emmanuel Macron, Agnès Buzyn) est une bonne chose et nous change du brouhaha que Marlène Schiappa, sous-ministre des gaffes en tous genres (mais nécessairement égaux entre eux), pourrait occasionner. Est-ce le signe d’une démarche d’écoute réelle, responsable et sincère afin de mieux comprendre les enjeux, ou d’une simple analyse opportuniste pour orienter les politiques en minimisant les risques ? Quelle que soit la réponse, c’est de l’eau qui dort et mieux vaut s’en méfier.

De part et d’autre de cette ligne de front qui sépare progressistes et bio-conservateurs, les militants agissent : une tribune pour une loi euthanasie signée de 156 parlementaires, un livret de bioéthique édité et distribué par le diocèse de Paris… La fin de la récréation n’est pas encore sifflée.

Jean-François Delfraissy, le président du CCNE en charge de ces États généraux, a en outre sabordé publiquement sa crédibilité en affirmant à Valeurs actuelles : « Je ne sais pas ce que sont le bien et le mal » et que « les lignes rouges sont relatives ».

La réponse (magistrale) que lui a faite l’abbé Grosjean clôt le débat : « Si la dignité de l’homme revêt quelque importance, un sursaut moral (et donc indépendant de l’Église) est nécessaire. »

Les doutes ne sont pas levés. La menace cachée d’un éventuel passage en force malgré une absence de consensus sur des sujets clivants est toujours sous-jacente. Ne rien lâcher semble, plus que jamais, indispensable.

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