Une fête du sport bientôt laïque, gratuite et obligatoire ?

Journaliste, écrivain
 

Le défunt et regretté Philippe Muray avait le nez creux et la plume visionnaire lorsqu’il stigmatisait, il y a désormais plus d’une décennie, le règne à venir de l’Homo festivus. Aujourd’hui, nous y sommes. En plein dedans et du pied gauche.

La fête est donc gratuite, laïque et, surtout, obligatoire. Fête de la musique et de ceci, fête des voisins et de cela. Et maintenant, la fête du sport, le 13 septembre, à l’initiative de Laura Flessel, ministre des Sports, ancienne escrimeuse olympique ; mais qui, en la circonstance, n’a rien d’une épée.

Et cette charmante demoiselle d’affirmer sur Twitter : « Les Jeux, ce n’est pas que de la haute performance. Nous célébrerons la fête du sport pour entraîner les Français dans cette dynamique. » Il est vrai que dans la perspective des olympiades de 2024, les Français n’ont pas fini d’en avaler, de la dynamique ; matin, midi et soir, qu’on va nous en servir. Et pour les rétifs ou les mauvais coucheurs – ma pomme, par exemple, qui n’a rien contre l’exercice, mais s’y adonne quand bon lui chante, tel tout être humain normalement constitué ? On imagine que les brigades de la vertu et de la lutte contre le vice sont déjà dans les starting-blocks, histoire de faire la chasse aux mauvais citoyens.

Nous savions déjà qu’il était interdit de rire de tout et pas avec n’importe qui, surtout un certain humoriste à forte surdose de mélanine ; ce, au nom de l’antiracisme, il va sans dire. Qu’il y a des lectures fortement déconseillées, des blagues à ne pas sortir, des mots à ne pas prononcer, histoire de ne pas faire monter notre taux de globules bruns. Qu’il y a également de vilaines manières dont nous devons absolument nous débarrasser au plus tôt : tirer fort sur la bonne herbe de l’excellent docteur Nicot, vérifier l’adage selon lequel l’argent liquide est fait pour être bu, conduire de façon à savoir si la chignole en a ou pas sous le capot, manger gras et en sauce, faire des compliments aux dames et préférer Laurent Gerra à Stéphane Guillon ; faute de quoi, tout un chacun risque tôt ou tard de passer du côté obscur de la force et de voter en dehors des clous de la piste à Vélib’.

Bref, c’est la fête. Pas celle de l’esprit, mais la fête tout de même. On ne dira plus que Paris est une blonde, on pourrait s’attirer les foudres des ligues de tempérance, mais que la Ville Lumière – même si madame le maire ne l’a manifestement pas à tous les étages – est une fête de tous les jours.

Ne reste plus qu’à célébrer celle du slip, mais on ne voudrait pas non plus manger le pain de fesses de Dominique Strauss-Kahn.

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