Discours - Editoriaux - Table - 17 février 2018

Pourquoi la « feuille de route économie circulaire » peut être une bonne idée… si elle ne reste pas un vœu pieux

Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, est à la manœuvre. Son très médiatique patron se doit sans doute d’être discret. Est mise en ligne pour la « Feuille de route économie circulaire » une initiative destinée à recueillir des avis de citoyens sur diverses thématiques : Mieux gérer les déchets / Mieux produire / Mieux consommer / Mobiliser les acteurs. Une suggestion parmi d’autres : pour des catégories de biens durables, que soit affichée une information simple sur la durabilité / réparabilité / robustesse de ces biens. En jargon, cela passe par le développement d’un « référentiel normalisé d’information ». Cette information serait volontaire dans un premier temps, avant de devenir obligatoire.

Tout adversaire de l’obsolescence programmée devrait applaudir. Mais c’est peut-être plus compliqué que cela. Par exemple, les voitures modernes qui se déforment lors des chocs violents protègent mieux (que les très anciennes) les personnes qui sont dans l’habitacle, mais c’est au détriment de la robustesse et de la réparabilité. Faudrait-il, alors, mal noter les automobiles qui résistent le mieux aux crash tests ? Objectivement, oui.

Le vendeur doit une information à son client, elle doit être aussi factuelle, fiable et objective que possible. Cette obligation s’impose en premier au producteur et se transmet par transitivité jusqu’au client final. Admettons qu’un « référentiel normalisé » voie le jour : il y aura des producteurs et des distributeurs qui mentent et ceux qui tentent le plus loyalement possible de donner la meilleure information. Ceux qui mentent et qui seraient contrôlés positifs au dopage de l’information sur l’obsolescence qui accompagne leurs produits devraient, en bonne logique, être sanctionnés. Il se créera une distorsion de la concurrence parce que la sanction sera applicable pour les locaux et inopérante pour ceux situés à 15.000 kilomètres.

Encore une obligation de plus pour accéder au marché, crieront les entreprises ! Oui et non, celui qui prétend produire ou vendre des biens durables peut et doit informer sur les caractéristiques qui confèrent à son produit une durabilité. Il s’agit, ici, simplement de normaliser une partie de ce discours.

L’économiste libéral Alexandre Delaigue critique, dans Le Figaro, cette mesure et il convient de lui donner raison sur certains de ses arguments : oui, c’est parfois le seul désir d’être l’heureux propriétaire du dernier sorti des téléphones portables qui condamne le précédent à une obsolescence qui ne doit rien à ses éventuelles faiblesses techniques. Oui, être intrinsèquement réparable ne dit rien sur le coût de la réparation, qui peut être prohibitif du fait de la cherté de la main-d’œuvre. Il a aussi raison de dire qu’il est illusoire de vouloir réduire à un (et un seul) indicateur synthétique des mesures de performance sur des critères aussi différents que la durabilité, la robustesse et la réparabilité. Il a encore raison de dire que les objectifs du gouvernement peuvent se révéler contradictoires sur la consommation d’énergie qui passe souvent par le renouvellement de produits non obsolètes. Mais quand il dit que cet indicateur existe déjà et qu’il s’agit du prix, qu’il soit permis d’être sceptique : certaines marques permettent à un marketing de bonne facture de pratiquer des prix qui sont décorrélés des qualités intrinsèques de leurs produits, d’autres vivent sur l’inertie d’une image de marque acquise naguère. Bref, dans le commerce comme dans beaucoup d’autres domaines, l’apparence prévaut sur la substance.

Faut-il condamner, pour autant, l’initiative du gouvernement ? Sans doute pas, et Rome ne s’est pas faite en un jour. Mais il ne faut pas, non plus, se faire des illusions sur sa portée. Le très libéral Président ne verra pas d’un bon œil tout allongement de la durée de vie des produits durables qui se ferait au détriment de leur renouvellement et, donc, de la croissance de la consommation.

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