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Sur les fichés S, les arguments de Gérald Darmanin sont aussi foireux que ceux de Collomb !

 

Cette question des fichés S étrangers ou binationaux – fichés S pour radicalisation islamiste, entendons-nous bien, cher Yann Vallerie – est devenue un véritable casse-tête pour le gouvernement. Et un petit caillou dans la chaussure de ses membres qui ne cesse de grossir de jour en jour, et d’attentat en attentat.

Ce qui montre l’ampleur du malaise de nos gouvernants est la tentative maladroite et désordonnée d’accumuler les arguments pour défendre cette idée que les Français ne comprennent pas : gardons les fichés S étrangers et binationaux chez nous.

D’abord, on a eu droit aux arguments d’autorité, inversés : si c’est Laurent Wauquiez et Marine Le Pen qui le demandent, c’est forcément démagogique, impossible et inefficace. Mais visiblement, cet argumentaire facile de type Bébête Show où Wauquiez et Le Pen ont le mauvais rôle n’a pas convaincu les Français qui pleurent encore les victimes de Trèbes et qui se posent obstinément des questions sur leur assassin.

Donc nos gouvernants « sérieux » ont dû revoir leur riposte. Et hier, Gérard Collomb a donc expliqué de façon contradictoire et inquiétante que des expulsions avaient déjà eu lieu, qu’il avait battu un « record » en 2017 en expulsant… 20 radicalisés et que, en même temps, l’expulsion des fichés S n’était pas la solution. Et comme l’argumentation était un peu bancale, il a eu de nouveau recours à un argument d’autorité : celui de M. Péchenard, qui vaut ce que vaut un argument d’autorité – rien.

Ce dimanche, au micro du « Grand Jury RTL« , c’est M. Darmanin qui a été prié de monter au front – de tous les fronts, en fait. Donc, entre Tariq Ramadan, la grève à la SNCF, le départ des fonctionnaires et les relations avec l’Italie – M. Darmanin est décidément d’une polyvalence à toute épreuve -, il a eu son mot sur les fichés S pour défendre l’action de M. Collomb, avec les mêmes contradictions que M. Collomb. Seule différence, le record d’hier avait été enfoncé ce dimanche : « plus d’une vingtaine d’expulsions » en un an ! 21 ? 22 ? 25 ? On suppose que si c’était 29, M. Darmanin aurait dit une trentaine. Je crois qu’il est ministre des Comptes publics… Et donc, dans ces 20, il n’y avait pas eu de place pour Redouane Lakdim ? La sélection est décidément draconienne pour intégrer cette élite… On nous dira que lui était binational. Et nous pourrons répondre : déchéance de nationalité.

L’on ne fera pas croire aux Français que seraient inhumaines des mesures d’éloignement, d’expulsion vers leur pays, pays qu’ils disent par ailleurs, par leur radicalisation même, préférer à la France, qu’ils soient étrangers ou binationaux.

Mais M. Darmanin, en bon adepte du « en même temps », s’est surtout concentré sur « l’outil » pour le renseignement que sont les fichés S. Ce qui n’est pas faux, mais qui a malheureusement été le prétexte, aujourd’hui comme hier, pour ne pas expulser.

En 2016, un maire alertait l’État, sur France 3, de la nécessité de prendre ces mesures fortes :

« S’il y a un imam radicalisé fiché S dans ma commune, je souhaite qu’il ne puisse plus professer dans des lieux cultuels. S’il est étranger, qu’il soit immédiatement expulsé du territoire. S’il n’est pas étranger, qu’il puisse être sous l’autorité du juge, mis à part du contact avec les habitants. Quand manifestement cette personne peut professer des appels à la violence et à la haine de la France, je pense qu’il n’y a pas besoin d’attendre huit mois d’enquête pour l’expulser du territoire français. »

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Ce maire était M. Darmanin, mais il est vrai qu’il y a un an et demi, il soutenait Nicolas Sarkozy. M. Darmanin n’est pas seulement un homme politique polyvalent, mais aussi polymorphe.

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