Discours - Editoriaux - Médias - Musique - People - Société - 9 février 2018

Pour la fille de Claude François, il est important de savoir qui est son père. Pour les autres aussi !

Une star de la musique populaire, une idylle avec une groupie-maîtresse trop jeune (13 ans seulement), une grossesse l’année suivante, cachée à ses parents, une naissance à Gand en 1977, un abandon, une adoption deux mois plus tard. C’est le début de la vie de Julie Bocquet. Cette femme aurait identifié son géniteur, Claude François, décédé en 1978. Elle sort de l’ombre à 40 ans et écrit à ses supposés deux demi-frères pour tenter de nouer, même tardivement, des liens familiaux. Ils ne souhaitent ni donner suite, ni lui répondre directement et invoquent la mémoire de leur père qui ne peut pas se défendre, tout en témoignant d’une empathie que d’aucuns pourraient trouver minimaliste.

La fin des années 70, c’est l’époque où la pédophilie était vantée par Le Monde et Libération, qui réclamaient l’abolition de la majorité sexuelle. Claude François, « prédateur sexuel » ? Parmi les gens connus, certains bénéficient d’une sorte d’immunité ; Roman Polanski et Pierre Bergé sont deux exemples. Merci à Cécile Duflot de s’insurger, sur Twitter, du traitement très light des médias qui ne relèvent pas l’aspect terriblement malsain de cette liaison.

Le désir est roi, dans notre société d’abondance. Désir d’autant plus roi que le regard des autres rend encore plus nécessaire son assouvissement. Le désir formaté par des tiers, des médias qui façonnent l’esprit et rendent la personne ou la chose désirable. Le désir sans le filtre de la morale fait des victimes. Une des plus belles chansons du groupe The Who raconte la tentation qu’a éprouvée le guitariste Pete Townshend pour une groupie un soir de concert, et son renoncement (« Behind Blue Eyes »). Se méfier de son désir est possible et salutaire. Il faut lire ou relire René Girard, de peur de tomber dans une société où les crises mimétiques finiront par nous détruire.

Est-il besoin de le prouver ? Les personnes adoptées, orphelines ou non, souffrent d’un manque et cherchent à le combler. L’amour, le temps, les soins, l’éducation que donnent les parents adoptifs sont irrévocablement « insuffisants » puisqu’ils ne comblent pas ce vide. Les adoptés cherchent ceux qui les ont engendrés, c’est pour eux un besoin irrépressible. Ils veulent se rattacher à ces liens des générations antérieures, ne pas flotter indéfiniment sans ces attaches, parce qu’ils savent bien que dans la balance de l’inné et de l’acquis, leurs parents adoptifs n’ont pas toutes les cartes.

La photo a fait le tour des réseaux sociaux : dans une cour d’orphelinat, la silhouette à la craie d’une femme souriante du Moyen-Orient. Une fillette dort en chien de fusil sur ce dessin de sa maman. Il n’y a pas de discours plus éloquent pour témoigner de cette souffrance des enfants privés de leurs parents.

Aujourd’hui, des personnes sacralisent le désir d’adulte d’avoir un enfant au point d’admettre de fabriquer des orphelins de père ou de mère avec la gestation pour autrui ou la procréation médicalement assistée ouverte aux femmes seules ou en couple. Elles tentent de convaincre que la société serait prête. Les États généraux de la bioéthique pourraient bien être une vaste opération de marketing pour brader ce qui reste d’anthropologie et ouvrir le gigantesque marché de la procréation moderne et eugéniste. Raison de plus pour y participer activement, y dire que le désir n’engendre pas le droit et y défendre les plus fragiles : les enfants.

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