À SUIVRE

Fin de la France à la Sorbonne

Colonel à la retraite
 

Il me semble que celui qui a le mieux résumé la « pensée complexe » du Président Macron – une pensée longuement exprimée dans son discours de la Sorbonne -, c’est finalement Florian Philippot : « Pourquoi Macron ne dit-il pas directement qu’il veut un État européen ? On gagnerait du temps. » Effectivement, les choses sont claires, sans ambiguïté. Si vous n’avez pas le temps de vous infliger les 77.942 caractères de ce discours, espaces compris (l’équivalent d’environ 25 papiers sur Boulevard Voltaire !), contentez-vous d’aller sur le site officiel de la présidence de la République et vous comprendrez tout de suite. Sur fond de drapeau européen, un slogan :

« Initiative pour l’Europe
Une Europe souveraine, unie, démocratique. »

La page est encore frappée des armoiries de la République française, mais bon, un peu de folklore ne nuit pas ! La Bavière a bien son blason et ses culottes de peau…

« Une Europe souveraine » : Emmanuel Macron a donc abdiqué notre souveraineté nationale. « L’Europe seule peut nous donner une capacité d’action dans le monde, face aux défis contemporains… L’Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle, c’est-à-dire notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts. » Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron emploie cette expression de « souveraineté réelle », laissant entendre qu’il y a une souveraineté factice, illusoire : en clair, la souveraineté nationale. Il n’a pas tort, en un sens, et il a le mérite d’assumer ce transfert vers Bruxelles et de ne pas faire semblant comme, malheureusement, le font beaucoup de responsables politiques français. Les États de l’Union ont abdiqué des pans entiers de leur souveraineté en la transmettant à Bruxelles, mais ce n’est pas pour cela que s’est construite une souveraineté européenne. Emmanuel Macron veut donc achever le travail.

Il paraît oublier une chose, c’est que le peuple européen n’existe pas et que les constructions étatiques – car une souveraineté européenne, cela s’appelle un État européen – qui font abstraction des peuples sont vouées à l’échec. Rappelons que la Yougoslavie n’a pas tenu un siècle et l’on sait comment cela s’est terminé… « Ce que l’Europe représente, nous ne pouvons pas le confier aveuglément, ni de l’autre côté de l’Atlantique, ni aux confins de l’Asieé, proclame notre visionnaire juvénile qui, au passage, renvoie la Russie dans les lointaines steppes asiatiques. En revanche, ce que la France représente peut être confié, semble-t-il, aveuglément à Bruxelles !

Mais Emmanuel Macron a la solution : on va fabriquer un peuple européen. Et comment ? Par la construction d’« une Europe démocratique ». On n’y avait pas encore pensé ! Avec cette idée, déjà évoquée dans le projet présidentiel du candidat : la constitution de listes transnationales pour les élections au Parlement de Strasbourg. 73 places de députés vont se libérer avec le départ du Royaume-Uni ? Alors Emmanuel Macron propose, plutôt que de supprimer ou répartir entre les pays membres ces postes, qu’ils soient affectés à une sorte de collège transnational au Parlement européen : une façon d’ébranler un peu plus l’édifice souverain des nations. Pas certain que cela soit très constitutionnel chez nous, comme ailleurs, mais l’idée fait son chemin… Par ce biais, bien évidemment, c’est une autre souveraineté qui serait mise à mal (mais ce ne serait pas la première fois) : la souveraineté du peuple français.

Autre idée pour mettre en marche cette « Europe démocratique » : passer « par des conventions démocratiques qui feront partie intégrante de la refondation européenne ». Mais attention, pas question de référendum où il faut répondre par oui ou par non. Il s’agit d’« organiser autour des mêmes questions un vaste débat pour identifier les priorités, les préoccupations, les idées qui nourriront notre feuille de route pour l’Europe de demain ». Une vaste opération de com’ à échelle européenne. La démocratie 2.0 selon Macron.

POUR ALLER PLUS LOIN