Politique

Florian Philippot : Cohn-Bendit déguisé en général de Gaulle

Colonel à la retraite
 

La lecture de la charte des Patriotes nous révélait déjà le silence assourdissant de ce jeune mouvement politique sur les questions dites « sociétales ». L’interview sur RMC de Florian Philippot, lundi 27 novembre, a eu le mérite de préciser les choses. Ces questions ne sont pas la priorité de l’eurodéputé, c’est le moins que l’on puisse dire : « On a passé en 2013 un an sur le mariage pour tous. Dans un pays qui compte tant de pauvreté, d’inégalités, de défis écologiques, de chômage et qui connaît des attentats islamistes, ça ne peut pas être la priorité. »

L’argument de la « priorisation » des problèmes est en fait une grosse ficelle pour évacuer ceux qui fâchent. Une ficelle aussi grosse que celle utilisée par de nombreux élus LR – et pas des moindres – qui furent pourtant aux premiers rangs de la Manif pour tous en 2013 : c’est désormais la loi de la République et je respecte la loi de la République !

« Je vais être honnête, je réfléchis et je consulte sur la question de la PMA pour toutes les femmes. Je n’ai pas d’opinion déterminée pour le moment », a déclaré M. Philippot au micro de Jean-Jacques Bourdin. Qu’il soit permis de s’étonner que ces élans d’honnêteté et ces interrogations sur des sujets aussi importants viennent juste après que le président des Patriotes a quitté le Front national. Un Front national, rappelons-le, qui a soutenu une candidate à l’élection présidentielle dont les prises de position sur ces sujets ont toujours été sans ambiguïté : interdiction de la GPA, PMA envisagée uniquement comme une réponse médicale aux problèmes de stérilité, abrogation de la loi sur le mariage pour tous et création d’un PACS amélioré. Tels étaient les engagements de Mme Le Pen que M. Philippot soutint.

Au-delà de la polémique et pour rester sur le terrain du débat de fond, il me semble que Florian Philippot ne voit pas ou ne veut pas voir que les questions « sociétales » ne sont pas annexes, secondaires, mais qu’au contraire elles sont au cœur du projet politique. Quelle société voulons-nous édifier pour nos enfants ? Que voulons-nous leur transmettre ? Voulons-nous transmettre, d’ailleurs ? « Tant d’inégalités, tant de pauvreté », s’exclame le président des Patriotes qui ne voit pas ou plutôt ne veut pas voir que l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, cheval de Troie de la GPA, n’est que la facette « sociétale » de cet ultralibéralisme qu’il prétend combattre sur le terrain économique. Un ultralibéralisme sociétal qui nous fera entrer dans une société de profondes inégalités : entre ceux qui seront issus d’une lignée et ceux qui seront le pur produit de l’égoïsme. Une société, finalement, de profonde pauvreté, pire sans doute que celle que l’on essaye de régler à coups de points d’indice !

M. Philippot défend la souveraineté de la France et c’est très bien. Mais si c’est pour défendre le droit de choisir souverainement ce que l’Union européenne et le courant mondialiste veulent nous imposer, c’est un combat bien étriqué. C’est Cohn-Bendit déguisé en général de Gaulle !

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