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Pour François Ruffin, La France insoumise est incapable de gouverner !

Journaliste, écrivain
 

François Ruffin, député de La France insoumise et palmé à Cannes, cette année, pour Merci patron, documentaire consacré à Bernard Arnault, patron du consortium mondial LVMH, n’est pas forcément le « mauvais garçon » qu’on croit. Parcours assez classique pour un gauchiste : il fait ses classes chez les jésuites, puis chez Daniel Mermet, dont l’émission « Là-bas si j’y suis », fait les belles heures de France Inter, ambiance géopolitique façon poil à gratter.

Désormais, c’est chez les mélenchonistes que ça démange et qu’on se gratte, donc ; soit depuis la mise en ligne de sa dernière vidéo. La phrase qui fait tache et mouche à la fois ? « Aujourd’hui, La France insoumise peut être reconnue comme la force d’opposition. Et, en même temps, je ne suis pas sûr que les gens nous donnent les clefs du pays pour le gouverner. » Pis : « J’éprouve un certain vertige à l’idée qu’on puisse détenir le pouvoir. Je ne nous sens pas prêts. » Immédiatement, Alexis Corbière, le bras droit de Jean-Luc Mélenchon, allume un contre-feu sur Europe 1, assurant que François Ruffin est un « garçon modeste », un « gentil garçon ».

Un « garçon » lucide, peut-être, lorsqu’il avertit : « Le défi qu’on aurait en face de nous, il est colossal. Qui sont les techniciens sur lesquels on va pouvoir s’appuyer ? Ce ne sont pas les technos de Bercy, les inspecteurs des finances, qui vont être pour un programme de transformation avec La France insoumise. […] Il va falloir affronter le Sénat, le MEDEF, les médias, la Commission européenne, la Banque centrale, le Conseil constitutionnel. On va être dans une situation conflictuelle vachement forte avec des gens qui ne seront pas préparés à ce niveau de pouvoir, de responsabilité. »

La vérité oblige à dire que tout cela n’est pas faux. Et même vrai pour tout mouvement prétendant offrir une alternative plutôt qu’une alternance. Cette culture de gouvernement ne s’acquiert pas du jour au lendemain, le Front national en sait quelque chose. En 2007, il y était évidemment plus préparé qu’en 2002. En 2012 plus qu’en 2007. En 2017 encore un peu plus qu’en 2012 ; et pourtant… Domestiquer un système qu’on combat en permanence ? Demander à ses tenants de collaborer à leur éradication programmée ?

Vaste programme et équation d’autant plus impossible à résoudre que les mouvements de type révolutionnaire, de droite comme de gauche, ont renoncé à la lutte armée depuis belle lurette, hormis quelques émeutes de rue dont les fauteurs ont à peu près autant de conscience politique que le chat du voisin. Octobre 1917, c’était il y a un siècle. Et le général Boulanger ne nous rajeunit pas non plus.

L’autre possibilité consiste, évidemment, à subvertir ce même système de l’intérieur, avec les résultats qu’on sait. Les militants d’Occident et du PFN ont infiltré l’UDF et le RPR. Pour donner des Claude Goasguen et des Patrick Devedjian. Leurs homologues trotskistes ont fait de même du Parti socialiste. Avec, au bout du compte… un Harlem Désir et un Jean-Christophe Cambadélis. Plus récemment, ce sont ceux de la Manif pour tous qui tentent encore de « droitiser » la droite. Tout ça pour aboutir sur un Laurent Wauquiez, l’homme qui pétoche plus vite que son ombre…

Certes, il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ou de réussir pour persévérer. D’ailleurs, les activistes de gauche n’ont-ils pas fini par imposer leurs idées sociétales, avec immigrés en vente libre, bébés fabriqués dans le tiers-monde et LGBT mondialisés ? Ceux de droite ne sont-ils pas non plus parvenus à faire de même en matière de sécurité et d’immigration, phénomènes dont personne ne songerait aujourd’hui à prétendre qu’ils soient respectivement « fantasme » ou « chance pour la France » ?

D’un côté comme de l’autre, la bataille des idées est gagnée. De l’autre comme de l’un, cela ne signifie pas pour autant que tel ou tel puisse parvenir aux plus hautes fonctions – les seules qui comptent, à la fin des fins.

Que la question posée par François Ruffin soit bonne ou mauvaise n’est pas le problème, tant elle est légitime et méritait d’être posée.

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