Gisèle Casadesus, la fée éternelle…

Journaliste, écrivain
 

Née le 14 juin 1914, Gisèle Casadesus vient de s’en aller à un âge où, écrivait-elle dans ses mémoires exquis, « Cent ans, c’est passé si vite… » : « Les bougies reviennent plus cher que le gâteau. »

Elle venait de fêter ses cent trois printemps.

Sa carrière d’actrice a de quoi donner le tournis.

Entrée à la Comédie-Française en 1934, cette si jolie dame n’avait, depuis, cessé d’arpenter planches et plateaux, alignant ainsi plusieurs centaines de rôles au théâtre, au cinéma comme à la télévision. 1934, c’est aussi l’année durant laquelle elle tombe éperdument amoureuse du comédien Lucien Probst, mort le 12 août 2006, alors qu’il célébrait le siècle. Il devient son mari, l’homme de sa vie. Afin qu’il l’aime plus encore et que leurs baisers soient plus doux, elle embrasse le catholicisme, même si élevée dans un protestantisme des plus fervents par sa mère, la harpiste Marie-Louise Beetz.

Gisèle et Lucien ont quatre enfants, tous artistes. Une famille qui traverse les décennies, sourire aux lèvres et brin d’herbe entre les dents, que ce soit dans les joies et les chagrins, riant aux bonnes fortunes et se riant des mauvaises, se réjouissant des grands moments de l’existence comme des petites choses de la vie : ces gens auraient pu être remboursés par la Sécurité sociale.

De ses innombrables rôles, qu’il nous soit permis d’en distinguer au moins deux : Madame Mercier, dans Les Enfants du marais (1999), et Marguerite, dans La Tête en friche (2010), films réalisés par Jean Becker.

Pourquoi ceux-là et pas d’autres? Peut-être parce que ce sont ces deux prestations qui l’ont fait connaître d’un plus grand public, qu’elle y est bouleversante de bonté et de gentillesse non feintes et aussi parce que la mauvaise foi a ses raisons que la raison ignore.

Dans le premier, elle est une vieille dame, riche et veuve, qui s’ennuie ferme dans sa grande maison vide. Elle y accueille Garris et Riton Pignol (Jacques Gamblin et Jacques Villeret), venus exécuter de menus travaux de jardin, leur offre vin, casquette et tabac à priser. Elle y est renversante de douceur.

Dans le second, on la voit en vieille dame, encore, Marguerite s’étiolant dans une maison de retraite. Dans le temps, elle a beaucoup voyagé de par le monde, au contraire du Germain rencontré dans un square (impérial Gérard Depardieu) qui, illettré, n’a jamais mis les pieds hors de son village. Il est avide de savoir. Elle lui apprend à lire, à voyager dans les livres. Là encore, toute en justesse et en retenue, Gisèle Casadesus illumine l’écran, sainte secourant le bon larron.

Ces deux films sont d’authentiques chefs-d’œuvre ; la preuve en est que la presse de gauche les a détestés. Ces gens ne comprendront décidément rien à rien. Car Gisèle Casadesus, on avait envie de la prendre sur ses genoux, de la cajoler, de l’emmener se promener dans les champs en lui tenant la main. On rêvait de la faire rire, surtout, ne serait-ce que pour voir son visage de madone se changer en soleil.

Lucien Probst a vraiment dû être le plus heureux des hommes.

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