Sécurité

Un homme noir de 32 ans a été lynché à mort par une bande de « jeunes » : Pau, France, 2018

 

Un Noir lynché. Non, vous n’êtes pas aux États-Unis. Non, vous n’êtes pas dans les années trente. Non, ce n’était pas le Ku Klux Klan en action. Vous êtes en France, dans notre beau Sud-Ouest. Plus exactement à Pau, la bonne ville du bon roi Henri.

Selon les premiers témoignages, vendredi soir, à la plaine de jeux du quartier Saragosse, un homme de 32 ans de nationalité française et d’origine burkinabè a été assailli et roué de coups, à l’aide d’une chaise et de barres de plexiglas notamment, par une douzaine de mineurs du quartier. Projeté au sol, au pied du mur de la caserne des pompiers de Pau, quatre des auteurs ont continué à le frapper, puis un seul lui aurait assené le dernier coup, toujours selon ces témoignages.

Certains témoins auraient tenté d’intervenir. D’autres ont alerté les secours, qui ont vainement essayé de ramener la victime à la vie.

Les jeunes lyncheurs se sont, eux, volatilisés dans la nature et étaient toujours recherchés lundi, plus de 48 heures après les faits. Étrange…

Cela fait froid dans le dos.

Mais qui en est encore étonné ? Ceux qui ferment les yeux sur la situation de nos « quartiers » ?

En revanche on ne peut qu’être étonné de ne toujours pas voir exploser, sur les réseaux sociaux, le mot qui, d’ordinaire, déferle immédiatement : « racisme ».

Le maire de Pau lui-même, M. Bayrou, a aussi oublié de le prononcer, préférant trouver dans ce lynchage raciste une pathétique justification à sa demande de police de sécurité du quotidien…

« Il y a des comportements qui se sont peu à peu installés, qui vont jusqu’à être criminels, qui sont d’une violence insupportable, même si on ne la voit pas. »

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Mais si, nous la voyons, M. Bayrou, nous la voyons même quotidiennement. Ne généralisez pas votre propre cécité.

Quant au procureur de Pau, elle a parlé de « rixe collective dirigée contre lui »… Périphrase ? Euphémisme ?

Allons droit au fait, et aux mots : il s’agissait d’un lynchage raciste. Nous attendons aussi impatiemment de connaître le milieu, la culture, le « terreau » de ces jeunes lyncheurs de « 16-17 ans, pas plus », toujours selon les témoins. Et, à l’évidence, il ne s’agit pas du Ku Klux Klan.

La justice se hâtant lentement, la situation s’est de nouveau tendue, dimanche après-midi, et il a fallu que les pompiers interviennent pour exfiltrer un conducteur qui aurait sciemment dérapé sur un trottoir, menaçant un jeune du quartier et qui a été lui aussi assailli par un groupe de jeunes.

Lundi matin, on apprenait que la victime était connue des services de police mais « n’avait pas fait parler [de lui] depuis début 2018 », époque de son arrivée à Pau, selon le procureur. Selon Sud-Ouest, il avait déjà été condamné pour « vol aggravé » et « trafic de stupéfiants » entre 2010 et 2015. On apprenait encore que trois personnes avaient été arrêtées lundi matin.

Si les circonstances de l’affaire ne sont pas encore établies, une chose est certaine : le lynchage est entré dans la culture de certains milieux en France.

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