Cage aux phobes

Je suis grossophobe !

Auteur, militante féministe

Ex-membre du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes), du CERF (Cercle d’Etudes de réformes féministes)

Son blog
 

Bienvenue en Absurdie, bienvenue dans l’empire Knock. Vive ce monde charlatanesque qui rend les êtres humains malades pour leur vendre « soins » et « médicaments ».

Alors que l’on sort à peine du scandale du Mediator, la pilule coupe-faim qui tue, mauvais coup pour les marchands de régime : il devient « tendance » de miser sur la gourmandise pour gonfler le PIB. Pour notre bien, cela va de soi.

Ainsi, pour lutter contre les discriminations, la mairie de Paris organise, le 15 décembre, une journée contre la « grossophobie ».

Hélène Bidard, l’adjointe au maire qui est à l’initiative de cette manifestation, explique : « Moi, j’ai envie de travailler sur la question de la discrimination sur le critère à l’apparence physique. »

Au même moment, pour lutter contre les mauvaises conditions de travail, la firme Snickers fournit un algorithme permettant d’éviter les effets de la faim sur l’humeur. Selon sa publicité américaine, la faim provoque l’irascibilité, la colère et, par conséquent, nuit aux relations et à la performance professionnelle : « Vous n’êtes pas vous-même quand vous avez faim. » Dans sa grande générosité, elle offre aux consommateurs des tarifs réduits pour leurs commandes passées à l’heure où, selon son algorithme et les données personnelles du client, celui-ci est le plus exposé à se mettre en colère (angry) parce qu’il a faim (hungry).

Admirable conjonction, une fois de plus, de l’idéologie « anti-discrimination » et du capitalisme le plus caricatural.

Revenons un instant dans le monde réel que ces campagnes scandaleuses, sur le fond, tendent à nous interdire de voir :
– qu’être gros, c’est être en mauvaise santé ;
– qu’avoir faim est une sensation à laquelle il faut s’habituer pour rester en bonne santé ;
– que manger selon ses envies est un luxe et un vice qui détruit notre corps et la nature.

Telle est la « vérité vraie » dont il faut s’accommoder sous peine de… crever avant terme.

La nature, la terre nourricière est en péril parce que nous avons voulu manger selon nos « envies », n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand. Du lait frais en pleine ville. Du cacao que bien des Africains cultivent aux dépens de plantes vivrières, comme l’expliquait le président du Burkina Faso, Thomas Sankara, avant d’être tué…

Nous devons apprivoiser la faim car notre corps est fait pour faire des réserves et y puiser en cas de disette, tout en passant du mode digestion externe au mode nettoyage interne de l’organisme. Manger selon nos appétits l’épuise.

La gourmandise est vraiment un « péché mortel ».

Mais il faudrait que nous l’oubliions. Ainsi la mairie de Paris va organiser un défilé de mannequins très bien en chair et inviter une militante américaine, Jes Baker, qui appelle à « libérer son corps » obèse, à « positiver »… J’estime que minimiser ainsi la gravité du surpoids est carrément criminel.

Non, Hélène Bidard, l’excès de poids n’est pas une « apparence physique », il est un état de mauvaise santé. Si vous voulez aider les « gros », la première chose à faire est de ne pas leur infliger un coup de plus en niant leur problème.

Si vous voulez lutter contre les discriminations, il faut d’abord savoir ce qui en est et ce qui n’en est pas. Distinguer entre les personnes, estimer différemment leur capacité à travailler, faire payer différemment certains biens ou services, selon leur état de santé et leur volume physique, n’est pas une discrimination abusive mais une évaluation réaliste.

Par ailleurs, certes, « les grosses » personnes sont simplement victimes de méchancetés et de jugements infondés. Mais surtout de politiques favorisant l’hyperconsommation.

Ex-membre du CNDF (Collectif national pour les droits des femmes), du CERF (Cercle d’Etudes de réformes féministes)

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