Jérusalem - Israel

Jérusalem et les trois monothéismes

Écrivain

Docteur en islamologie

 

Les chrétiens veulent pouvoir venir prier librement à Jérusalem, mais n’ont aucune revendication territoriale. Tant que cette liberté existe, les difficultés politiques liées au contrôle politique des lieux ne les concernent pas. C’est pourquoi il est inexact d’analyser la situation de Jérusalem à partir de la notion de ville sacrée pour les trois monothéismes. Le conflit ne concerne que les juifs et les musulmans.

La proportion de juifs à Jérusalem a atteint son minimum vers 1870 : avant cette date, la dhimmitude conduisait progressivement les non-musulmans à l’extinction. Après, les aliyahs, c’est-à-dire les vagues d’immigrants juifs retournant en terre sainte, ont fait remonter le nombre des juifs.

Combien y avait-il de juifs à Jérusalem lorsque le minimum a été atteint ? Le dernier recensement connu avant le retour des juifs a été réalisé par les Turcs en 1844. Il a dénombré 5.000 musulmans, 7.100 juifs et 3.400 chrétiens 1 : 46 % de juifs, 22 % de chrétiens et 32 % de musulmans.

De façon surprenante quand on songe à la passion que mettent les musulmans aujourd’hui à réclamer des droits sur Jérusalem, cette ville ne les intéressait nullement quand ils en étaient maîtres : d’après les statistiques rassemblées par le géographe de Vital Cuinet 2, fondées sur les recensements turcs, il n’y avait que 10.000 musulmans à Jérusalem en 1895, soit 20 % de la population, alors que Naplouse, à la même date, comptait 25.000 habitants, Gaza 22.000 et Damas 240.000, dans ces trois villes, plus de 95 % de musulmans.

Pour un juif, qu’est-ce que Jérusalem ? Cette ville a été la capitale juive pendant mille ans, et ensuite la préoccupation centrale de la prière juive pendant deux mille ans. De plus, pendant la totalité de ces trois millénaires, les juifs ont été les habitants majoritaires de cette ville, tantôt dans la liberté, plus souvent dans la servitude.

Que disent les musulmans ? Que Jérusalem a été la première qibla, c’est-à-dire la première direction vers laquelle ils se tournaient pour prier. Cette qibla a été abandonnée il y a quatorze siècles et remplacée par la direction de La Mecque.

En dehors de la qibla abandonnée, il y a le « voyage nocturne » : Mahomet fit le trajet La Mecque-Jérusalem et retour en une seule nuit, grâce à un cheval à tête de femme envoyé par Allah pour le véhiculer. Avant de revenir à La Mecque, Mahomet, prenant appui sur le rocher d’Abraham, fit un bond jusqu’au paradis et conférera avec ses principaux occupants. D’ailleurs, en regardant le rocher, on peut distinguer l’empreinte du pied de Mahomet.

Comme tout cela s’est passé pendant la nuit, il n’y a pas eu de témoins. Mais Mahomet a tout raconté le lendemain : la monture était de taille moyenne, entre l’âne et la mule, elle s’appelait Bouraq, elle avait été amenée par l’ange Gabriel en personne, qui s’était introduit en pratiquant une brèche à travers le toit. Un procédé miraculeux avait réparé la brèche dès le retour de Mahomet, de sorte que l’on ne pouvait plus rien voir le lendemain. 3

Quel poids politique peut-on raisonnablement donner aujourd’hui à ces deux arguments, 3.000 ans de présence majoritaire dans la ville et le voyage nocturne ?

Notes:

  1. Encyclopaedia Britannica, 8e édition, 1853-1860.
  2. Vital Cuinet, La Turquie d’Asie, éditeur Ernest Leroux, Paris, 1896
  3. L’histoire de ce voyage est dans le Coran, sourate 17, et dans de nombreux hadiths : Boukhari, livre 109, chapitre 6, hadith 1, également livre 110, chapitre 5, hadith 1, livre 110, chapitre 24, hadith 1, etc.

Docteur en islamologie

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