Entretien - Jeux Olympiques 2024

Eudes Baufreton : JO - « un feu d’artifice de 1,5 milliard d’euros pour la fin du quinquennat de Macron »

Présentés comme un investissement et une chance pour la France, les Jeux olympiques seront, comme pour les autres pays qui les ont déjà accueillis, un désastre financier.

Alors que le budget de la Défense est réduit, on trouve paradoxalement des fonds pour financer ce qui, de toute évidence, n’est plus un événement sportif mais un enjeu politique et une simple opération de communication.

Quel intérêt pour une ville d’organiser des JO ?

C’est avant tout une opération de communication. Cela permet de faire de la publicité au pays.
Cela permet aussi de faire des annonces sur les investissements, et c’est annoncé comme une chance pour notre pays.
Malheureusement, si c’est une chance pour le pays en termes de communication, c’est plutôt un vrai problème pour le contribuable.
Nous nous sommes rendu compte que dans tous les pays du monde où se sont déroulés les Jeux Olympiques, ça s’est terminé par un désastre financier.


Pourtant, on nous vend une manne touristique et un retour sur investissement…

C’est faut, en réalité. On se rend compte après les JO de Londres et de Pékin que les touristes désertent les villes dans lesquelles se passent les Jeux Olympiques.
Il y a trop de monde. Il y a des problèmes de sécurité et dans le transport.
L’économie est en réalité plutôt paralysée que dynamisée.
C’est un faux argument que de dire que c’est une chance.

D’après les pouvoirs publics, les JO 2024 remportent une adhésion populaire !

Selon moi, ce ne sont pas des JO sportifs, mais des JO politiques.
La vraie motivation des Jeux Olympiques pour la France réside dans la volonté du gouvernement de l’époque et du président.
Il est question d’en faire un enjeu politique. Il s’agit d’unir la nation derrière un objectif commun qui est de faire vivre Paris différemment.
Si on revient à l’époque romaine, c’est  »du pain et des jeux ».
On nous explique que le budget de la défense est réduit alors que nous sommes en période de menace terroriste élevée. Parallèlement, nous arrivons à trouver des fonds pour les Jeux Olympiques.
Il y a là un véritable paradoxe incompréhensible et inexpliqué.
Je vois une raison très politique à cela.
Au moment où la France traverse un trou d’air, nous ferions mieux de prendre de la hauteur.
On ne va pas relancer l’économie avec des Jeux Olympiques.
Je me répète, toutes les villes qui ont vu passer des Jeux Olympiques ont été financièrement dévastées.

Justement, quel coût pour la sécurité pendant les Jeux Olympiques ?

Nous n’avons pas réussi à le quantifier. Toutefois, notre expérience montre que lorsqu’un budget est préparé, il explose en plein vol systématiquement.
On nous explique aujourd’hui que cela ne va rien coûter aux contribuables. C’est faux, évidemment.
La menace terroriste sera aussi présente en 2022. Les jeux mobiliseront donc des moyens dont nous avons besoin par ailleurs.
Nous n’avons pas besoin de cela aujourd’hui. Ce n’est pas le moment.
J’en veux pour preuve qu’un certain nombre de villes candidates se sont désistées au motif que les élus, en tant que vrais responsables politiques, expliquaient que ce n’était pas le moment pour leur ville d’engager des dépenses qu’ils ne pouvaient pas maîtriser et qui constituaient un coût supplémentaire pour le contribuable.
Il faudrait nous expliquer pourquoi Hambourg ou Rome qui étaient des villes candidates se sont désistées et que pour Paris, ce serait une opportunité.
Pourquoi les Jeux seraient-ils une opportunité pour Paris, et pas pour les autres ?
C’est incompréhensible.
On a bien compris qu’il y a une volonté politique différente.
Le timing correspond d’ailleurs à peu près à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.
Je ne peux m’empêcher de mettre ces deux échéances importantes en perspective.

Selon vous, pour traduire votre pensée, ce serait un moyen pour Emmanuel Macron de finir son mandat en une sorte d’apothéose ?

Ce serait une sorte de feu d’artifice payé par le contribuable.

Question fatale : des JO à quel prix pour le contribuable ?

Pour le contribuable, il est annoncé un budget d’1,5 milliard pour les collectivités et l’État.
1 milliard pour l’État, ce sont donc tous les Français qui vont payer. Ensuite, ce serait 500.000 euros pour la ville de Paris, le Département et la Région.
Ce budget serait injecté dans des investissements, et non pas pour l’organisation.
Cependant, on sait très bien chez Contribuables associées que les dépenses d’investissement d’aujourd’hui sont les dépenses de fonctionnement de demain.
On le voit bien lorsqu’on construit une piscine, il faut la faire vivre ensuite.
Si on construit des équipements sportifs inadaptés, il faudra les retransformer. Cela obligera les collectivités à réinjecter de l’argent au mieux pour les transformer, au pire pour en supporter des coûts de maintenance.

Risque-t-on de voir, comme à Sotchi, des infrastructures fantômes (donc inutiles), après les Jeux Olympiques ?

Je pense que oui, même si on nous dit le contraire.
La preuve en est que nous n’avions pas besoin de ces infrastructures avant.
Pourquoi en aurions-nous besoin après ?
Les Jeux Olympiques restent un événement exceptionnel.
Prenons l’exemple du bassin olympique de natation, je ne vois pas comment il pourrait être demain un équipement sportif pérenne qui ne coûtera pas d’argent aux contribuables.
Pour remettre les choses en perspective, alors que nous savons que chaque Français a individuellement 34.000 euros de dette publique à titre individuel, que nous sommes le pays au monde le plus matraqué fiscalement.
Est-ce le moment pour nous de faire des choses secondaires, pour ne pas dire plus ?
La réponse est clairement non !

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