Affaire Cahuzac

Jurisprudence Cahuzac : la prison pour d’autres !

Ancien pilote de chasse
 

Ouf, le désengorgement des prisons – plaie du pays des droits de l’homme – vient d’entamer une étape décisive avec le procès en appel de Cahuzac !

Condamné à quatre ans d’enfermement, dont deux avec sursis, son avocat proférant devant les micros très réceptifs qu’il « ne mérite pas la prison » va s’employer à lui éviter cette sanction qu’il ne supporterait pas, en plaidant à nouveau devant le juge d’application des peines. Voire à se pourvoir en cassation, ce qui lui donnerait un nouveau délai et lui laisserait espérer de nouveaux assouplissements des dures pénitences exigées en appel…

Le très efficace et médiatisé ténor du barreau, comme les médias s’emploient à le qualifier, vient de démontrer que le poids de la Justice s’exerce à l’inverse de celui des avocats. Son fléau semble bien déséquilibré qui devrait faire l’objet d’un contrôle de qualité approfondi du bureau Justitia…

Être probablement soumis à des restrictions de liberté sera cependant très contraignant pour ce citoyen, même si se rendre en Suisse ou à Singapour ne constitue plus, désormais, de vrais voyages d’agrément. En revanche, pour cet ancien fraudeur qui présente « de vrais gages de réinsertion » – toujours selon son défenseur et grand moraliste Dupond-Moretti – et s’investit dans des ONG, ne pas aller dans les nombreux pays nécessiteux pour y exercer ses talents de médecin – en chirurgie capillaire ? – serait éminemment dommageable aux populations concernées comme à son avenir…

Mais cette sanction n’est pas la seule. Certes, les 300.000 euros d’amende, qui constituent la monnaie de la fraude fiscale, s’ils sonnent fort à l’oreille d’un smicard soumis à l’IRPP ou d’un retraité contraint au supplément de CSG, devraient être aisément acquittés par cet expert en évasion à rendement élevé.

Beaucoup plus dommageable est l’inéligibilité de cinq ans ! Quand bien même ses occupations caritatives offshore ne lui laisseraient plus de temps à consacrer à ses concitoyens, le symbole est extrêmement brutal pour un ex-édile apprécié de ses administrés et le très utile serviteur de l’État lorsqu’il était grand traqueur des fraudeurs. Car ce pro était particulièrement expert en la matière ! Et l’on ne sait jamais, on a vu naguère des électeurs rappeler aux urnes des élus un moment disqualifiés par quelques petites erreurs de gestion publique ou abusés par des relations trop influentes ou très puissantes…

Hasard du calendrier, une autre affaire judiciaire met en scène le maire d’Aix-en-Provence (une femme), accusé de prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics. Si le tribunal correctionnel – de Montpellier, pour cause prudente de délocalisation – se donne jusqu’à mi-juillet prochain pour se prononcer, le parquet a requis dix-huit mois de prison, dont neuf avec sursis, assortis de dix ans d’inéligibilité !

Mazette, cette charge disproportionnée par rapport à l’affaire Cahuzac n’aurait-elle pas un petit relent sexiste que les féministes devraient immédiatement fustiger ? À moins que la Justice ne prenne, ici, une petite revanche en forme de boomerang contre cette ex-avocat qui aurait pu déployer de beaux effets de manche dans sa vie professionnelle précédente ? Je n’ose avancer que l’appartenance de l’édile aixoise au parti Les Républicains ait pu un instant forcer le talent, l’objectivité et la conviction des juges.

En tout cas, constatons-le : mentir effrontément au pays ceint d’une cuirasse ministérielle est donc moins grave que pratiquer – si c’est avéré – un népotisme que l’on sait contagieux et du favoritisme de circonstances auquel il est parfois difficile de résister…

Qui se souciera du délibéré rendu dans les silences médiatiques de l’été contre ce pauvre maire provençal mal défendu ?

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