La leçon de Gérard Depardieu aux végans…

Journaliste, écrivain
 

Quand Donald Trump et Kim Jung-un ne menacent pas de se crêper le chignon à grands coups de bombes de laque dans la joute capillaire qu’on sait, il s’en passe de bien belles en ce vaste monde. Tenez, rien qu’à Vendôme, dans le Loir-et-Cher, ce mardi dernier. Il est 18 heures 15 quand une vingtaine de militants de l’association 269Life Libération animale s’installent pour une « Nuit debout » devant les abattoirs locaux, histoire « d’attirer l’attention publique sur le sort que l’humanité réserve aux animaux ».

En face, des éleveurs s’affairent autour de leurs barbecues. Ils vont bientôt casser la croûte et ça sent bon la viande grillée à point. Et les mêmes de préciser : « Ce n’est pas de la provocation. Il s’agit juste de rappeler que la viande n’est pas du poison. » Entre les deux factions, une quinzaine d’argousins de service qui doivent se demander s’il s’agit de lard ou de cochon ; ou d’une retraite aux flambeaux, une certaine Solenn, végane depuis dix ans et « référente » locale de 269Life Libération affirmant sans rire : « Nous sommes ici pour une veillée nocturne, un moment solennel pour rendre hommage aux trois millions d’animaux tués par jour en France. »

À se demander si la nécessaire et louable protection des animaux, auxquels on doit un respect proportionnel au plaisir qu’ils nous donnent au palais, n’est pas chose trop sérieuse pour l’abandonner à de tels gâte-sauce.

Car 269Life Libération, association créée en 2012 en Israël, à l’initiative de Sasha Boojor et Maria Hope – déjà, rien que ces noms… –, que voilà de drôles d’oiseaux. Sur leur site, on apprend :

« Les animaux ne nous appartiennent pas, telle est l’origine de notre combat : faire d’eux non plus des marchandises dont nous jouissons mais des individus libres au sein d’une société plus juste. On ne mange pas de la “viande”, on dévore le corps d’un être innocent assassiné qui voulait vivre.

Indubitablement, c’est une façon d’envisager les choses. Qui paraît même contaminer jusqu’au journaliste de La Nouvelle République qui titre sur les « pro-viande » et les « anti-viande », comme si les plaisirs de la table et la civilisation de la gastronomie n’étaient plus qu’optionnels, au même titre que bretelles ou fixe-chaussettes… D’une dinguerie l’autre, inutile de préciser que l’industrialisation de la paysannerie est une catastrophe de chaque jour, alimentaire, sociale, économique et gustative, qui plus est.

Alors, qui d’autre que l’immense Gérard Depardieu pour incarner une pincée de bon sens dans cette tambouille de brutes et ainsi conclure :

« Quand tu as éprouvé cette attente respectueuse à l’égard de la terre et de ce qu’elle produit, tu ne peux être que juste, honnête et généreux dans ta cuisine. Quand je fais du veau, je sais comment il est, je l’ai choisi, il y a une curiosité, presque un bouche-à-oreille entre l’animal et moi. Pareil pour un porc, il faut le tuer comme tu l’aimes et comme tu vas le manger. Comme tu vas aimer le partager. Un porc, moi, je le caresse, je lui parle deux heures avant de le tuer, ensuite je l’assomme, je le saigne, il n’y a aucun cri. »

​‌”

Ce poète est aussi un homme de bien.

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