Attaque à Trèbes

L’hommage au colonel Beltrame boudé dans certains établissements scolaires : image d’une France malade

Professeur de Lettres
 

Le gouvernement a souhaité associer l’École à l’hommage national rendu ce 28 mars au colonel Beltrame. « Le lendemain, à 16 h, note La Vie, le ministère [de l’Éducation nationale] ne déplore aucune remontée d’incidents ». Ouf ! Doublement ouf, même. Car, faisant allusion aux « incidents » qui avaient perturbé la minute de silence en hommage aux victimes des attentats de 2015, Jean-Michel Blanquer avait assuré sur Europe 1 : « Le temps est fini où l’on pouvait accepter ce genre de contestations. Je fais le pari que, aujourd’hui, ça va très bien se passer dans tous les établissements. » Alors, pari gagné ?

Si ce rassurant « RAS » suffit à chanter cocorico, Jean-Michel Blanquer semble, en effet, avoir réussi son coup. Des contestations ont certes surgi, mais venant de syndicats enseignants dont c’est de toute manière le rôle. Et leurs argumentaires sont tellement imbéciles que le ministre ne peut qu’en sortir grandi.

Mais, si l’on en croit un tweet de René Chiche, enseignant dans un lycée de l’académie de Marseille, membre du Conseil supérieur de l’éducation et porte-parole du syndicat Action et Démocratie, « plusieurs établissements scolaires n’ont pas participé à l’hommage national », « des professeurs ont rechigné ».

L’envoi du message du ministre a été très tardif, la veille même de la cérémonie. Une aubaine pour les chefs d’établissement, qui pouvaient arguer de ce motif pour laisser aux enseignants la liberté d’organiser comme ils le souhaitaient le « moment de recueillement [et le] temps d’explication et d’échange » préconisés par le ministre ; ou, alléguant cette même raison, de ne pas les organiser. Et, peut-être, une manière commode pour le ministre de ne pas susciter de « contestations » : ce qui n’a pas lieu ne saurait mal se passer.

Ce désaveu des consignes ministérielles est néanmoins inquiétant. Certains enseignants ont sans doute, hélas, boycotté l’hommage au colonel Beltrame par idéologie. D’autres, dans des lycées et collèges « difficiles », y ont probablement renoncé par crainte que des « incidents », effectivement, ne se produisent. À ceux-là on ne peut jeter la pierre : ce qu’ils vivent au quotidien suffit à justifier leur démission.

Mais quelle est cette France qui n’ose plus expliquer à sa jeunesse, selon les mots prononcés hier par Robert Badinter sur France 2, que « le colonel Beltrame est mort parce qu’il a donné sa vie pour sauver d’autres vies. C’est la plus noble expression de la fraternité. Son sacrifice est à l’opposé du crime du djihadiste, qui meurt pour que d’autres êtres humains périssent avec lui ou à cause de lui » ?

On m’objectera que le Président l’a fait, et magistralement : « Je dis à cette jeunesse de France […] : l’absolu est là, devant nous. Mais il n’est pas dans les errances fanatiques, où veulent vous entraîner des adeptes du néant, il n’est pas dans le relativisme morne que certains autres proposent. » Mais combien de collégiens, combien de lycéens tentés par l’islamisme ou le relativisme ont entendu ce discours ? C’est dans chaque classe que ces mots auraient dû être lus, et pas seulement aux Invalides, devant un parterre choisi et, on l’espère, déjà acquis à la cause. La guerre contre l’islamisme aura bien lieu, mais, au train où vont les choses, elle n’est pas gagnée.

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