Politique

Où est l’homme dans la charte des Patriotes ?

Colonel à la retraite
 

Avant même d’avoir pris connaissance de la charte des Patriotes, le parti de Florian Philippot, j’ai lu la déclaration que ce dernier a faite à l’occasion de la présentation de ce document : « Ça n’est pas un projet, c’est une philosophie. La charte fixe les grands principes sur lesquels viendront se bâtir les grands projets. » Et j’avoue que j’attendais un document de haute tenue, traçant de belles perspectives à la française, une belle futaie, digne des forêts de Colbert. Je n’en attendais pas moins d’un Florian Philippot, qui se réclame du gaullisme.

Et j’ai lu la charte. Et je n’y ai trouvé qu’un fouillis buissonneux où l’on met pratiquement sur le même pied la suppression de la corrida et la politique de défense de la France. Doit-on y reconnaître la griffe de Mme Montel ? Florian Philippot a raison : la lecture de ce document nous confirme que cette charte n’est pas un projet. Mais j’avoue ne pas y avoir trouvé non plus cette philosophie évoquée par l’euro-député dans sa conférence de presse. En tout cas, pas de philosophie clairement exprimée, car il y en a une qui sous-tend et j’y reviendrai plus loin.

En revanche, j’ai découvert un inventaire de propositions : certaines précises (la suppression de la chasse à courre !), d’autres floues (la baisse de la TVA, la croissance revenue). Un inventaire de 26 propositions qualifiées pompeusement de « perspectives ». Mais j’avoue avoir rarement vu un jardin à la française ouvrant sur 26 perspectives…

Ces 26 « perspectives » sont-elles présentées dans un ordre logique, de la plus essentielle à la moins importante ? On ne sait vraiment. En lisant la première, on pourrait le croire. En effet, le premier chapitre de cette charte aborde d’emblée la question du Frexit. Le cœur nucléaire des Patriotes. Évidemment, d’excellentes choses y sont écrites : « Aucune disposition juridique et aucune juridiction ne doivent être supérieures à la Constitution de la République et à la loi votée selon les dispositions de celle-ci. » Mais alors pourquoi reléguer en 24e et 25e position les questions de sécurité et de défense, loin derrière la cause animale placée en 6e position ? Curieuse perspective pour un mouvement qui a pour ambition de replacer le régalien au centre du débat.

Dans cette charte, on y trouve aussi une grande faiblesse : l’absence de tout projet anthropologique. Certes, dans la « perspective » numéro 9 (après la défense des animaux !), on lit : « Les Patriotes s’engagent pour une société de la dignité humaine où le progrès économique et social effacera progressivement les inégalités… » Mais la dignité humaine passe-t-elle seulement par le progrès économique et social ? Florian Philippot renvoie les questions de société à la société. Là est donc sa philosophie. « Le gouvernement doit se concentrer sur les grands problèmes de la nation et laisser à la société le soin de définir son modèle de société. » La raison sans doute pour laquelle Les Patriotes demandent la fin de la chasse à courre et de la corrida…

A-t-on vu un mouvement politique, qui ambitionne de porter un projet pour la France, ne pas se prononcer sur les grands sujets de société ? Je ne crois pas. Au cœur de la nation, et surtout d’une nation comme la nôtre, il y a l’homme. J’avoue ne pas le trouver dans la charte des Patriotes. La philosophie de Florian Philippot, c’est son absence de philosophie ou, tout du moins, une soumission à l’idéologie libertaire, notamment à travers l’acceptation du mariage homosexuel. Une absence de verticalité aussi, pourtant essentielle aujourd’hui dans un projet politique, au moment même où les enjeux de civilisation vont devenir prégnants, et, brochant sur le tout, une sorte de politiquement correct qui ne pourra que satisfaire les plateaux télé et ne satisfera que les plateaux télé.

Notons, enfin, que le chapitre consacré à l’école n’évoque pas la question essentielle de la liberté scolaire…

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