Livre / « Éric Zemmour, itinéraire d’un insoumis », Danièle Masson

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Trop fort, Zemmour. Débatteur brillant, d’une culture abyssale, le journaliste promène sa silhouette de suricate sur les plateaux de télévision depuis une demi-génération. Et pourtant, on n’en revient toujours pas qu’il n’ait pas complètement disparu du paysage médiatique. L’époque est aux Jean-Michel Aphatie, aux Yann Barthès, à ceux, en un mot, dont la culture et la profondeur n’égalent que la neutralité. Les causes de ce succès zemmourien, de cette survie insolente, peuvent être devinées : derrière le licenciement politique d’i>Télé, le vivre ensemble, les sourires et les grosses blagues, le réel insiste.

Malgré tout, on aimerait en savoir plus sur le personnage. La sortie de cet essai biographique est donc, en soi, une bonne nouvelle.

Zemmour ne se livre guère, il est de la vieille école. Celle où on gardait les choses pour soi, celle d’une certaine intimité préservée, de la hiérarchie familiale et sociale, celle où on ne pleurait pas tant qu’on n’était pas tout seul ; celle, aussi, du gamin du 93, juif venu d’Algérie, qui apprit l’assimilation sur le tas, et la coexistence avec ses amis arabes. Il croit sans doute enfin, en samouraï moderne, avec le Hagakure, que « le poisson ne nage pas en eaux claires » et que l’âge de la transparence tue la coexistence, l’intimité, le désir, le contrat social – la complexité et l’ambiguïté de la vie même. L’essai de Danièle Masson est donc, et c’est très bien, aussi pudique que son sujet.

Appuyée par des références constantes à la pensée d’Éric Zemmour, chapitre après chapitre, elle décrit à la fois les grands axes de sa construction intellectuelle, ainsi que le chemin qui l’y a mené. Antiféminisme, essentialisme, judéo-christianisme, patriarcat, réaction : une cascade de mots nauséabonds pleut sur Zemmour au fil des ans. Il n’en a cure. Il marche droit et sait ce qu’il pense. Pour cela, il est servi avec bonheur par une culture classique en voie d’extinction, que doivent encore détenir, peut-être, quelques centaines de normaliens, de retraités et de lecteurs compulsifs : difficile, pour ses contradicteurs, de se situer au même niveau d’argumentation.

Se dégage de ce livre une clarté revigorante, celle d’une pensée qui n’est pas conservatrice, pas nostalgique, mais réactionnaire, dans le sens le plus vivifiant du mot.

Cerise confite dans l’encens, qui tombe sur un gâteau aussi sombre que les heures de notre histoire : Zemmour, dit Danièle Masson dans une formule très juste, parle de l’Église comme s’il en faisait partie, « mais avec une audace que n’aurait pas un catholique du rang ». S’il avait été catholique traditionaliste (vous savez, ces rageux qui prêchent en latin, dirait un député En Marche !) et s’il eût ressemblé à Serge Ayoub, il n’aurait peut-être pas eu la même visibilité. C’est la dernière ruse de Zemmour : il n’a pas le CV de ses idées. Trop fort, je vous dis.

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