Livre

Guynemer : la légende et le mystère

de Christophe Soulard-Coutant

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Il y a cent ans, le 11 septembre 1917, mourait Georges Guynemer. Qu’en reste-t-il au-delà de quelques rues portant son nom ? Quel adolescent saurait encore dire qui il est ?

Et pourtant, fauché en plein ciel à 22 ans, officier de la Légion d’honneur, auréolé de 26 citations et 53 victoires « homologuées » au cours desquelles il aurait abattu plus de 80 avions ennemis, quel exemple il offrirait si on daignait exhumer sa mémoire…

C’est la tâche dans laquelle s’est lancé l’historien Christophe Soulard-Coutant, à travers une biographie aussi vivante que touchante.

Georges Guynemer était d’une époque où les jeunes gens bien nés étaient aussi bien élevés : lever 5 heures tous les matins au collège Stanislas. « La gloire ne te donne aucun droit, seulement des devoirs ! », s’entendit-il dire, quelques années plus tard, par son père, d’un ton sec, à propos de ses faits d’armes. Ils ne rêvaient pas de faire une école de commerce et filer faire fortune à l’étranger, mais de défendre la patrie menacée. Ils ne préparaient pas Polytechnique, comme le jeune Guynemer le faisait, dans l’idée d’inventer, dans les bureaux feutrés d’une banque, de juteux produits financiers, mais pour s’engager… Georges Guynemer, donc, ne décolérait pas de voir l’armée lui fermer ses portes en raison de la faiblesse de sa constitution. Il avait décidé de se battre pour son pays et personne ne l’en empêcherait. C’est par défaut et presque par effraction, nous relate Christophe Soulard-Coutant, que Georges Guynemer rentre dans l’aviation, où il deviendra, pourrait-on dire – si le film comique de Belmondo n’avait pas dévoyé l’expression -, l’as des as.

L’aviation est une arme neuve et risquée. « Sur les 15 premiers as de la Grande Guerre, le tiers est mort au combat. Leur moyenne d’âge : 25 ans. Les deux tiers d’entre eux n’ont pas dépassé l’âge de 35 ans », constate l’auteur. Mais comparé à l’enfer que vivent leurs contemporains fantassins dans les tranchées, leur sort paraît enviable, leur mort presque propre.

Jeune, séduisant en dépit d’un physique frêle, intrépide, volant de Verdun à la Somme de victoire en victoire, il fait souffler le vent de panache, de chance insolente, de fraîcheur, d’espérance dont la France, exsangue, avait tant besoin. La presse en raffole, les jeunes femmes aussi. son idylle avec la jolie et sans gêne Yvonne Printemps, soufflée au nez et à la barbe de Sacha Guitry, anime la chronique parisienne. Il ne manque pas de cet humour noir, défiant la mort, qui participe, dans l’imaginaire collectif, à l’étoffe des héros : à une brave dame qui, s’extasiant sur son impressionnant placard de décorations, s’enquiert « Quelle croix pouvez-vous encore obtenir ? », il répond sans sourciller : « La croix de bois. » Jusqu’à sa disparition, mystérieuse, dont les circonstances n’ont jamais été vraiment élucidées, qui rajoute au romantisme du personnage.

L’épopée vaut mille Top Gun – Tom Cruise ressemble, disons-le, à côté de la figure de l’élégant Georges Guynemer, à un sympathique marchand de frites – et encouragerait, si elle était contée, plus d’un freluquet complexé à soulever des montagnes. « Avec persévérance, et grâce à quelques coups de pouce du destin […] celui que l’on regarde comme une mauviette, une “femmelette”, est devenu un véritable héros. » Pourtant, Guynemer « tend à tomber dans les oubliettes de l’Histoire ». Ce que l’auteur analyse avec justesse : son genre de beauté ne répond plus aux canons du XXIe siècle. « La figure du héros n’est plus la même. Sa représentation aristocratique (grec, romain, chrétien, au service du roi) a laissé la place au héros national (révolutionnaire, napoléonien, républicain) puis au héros mondialisé (Stakhanov, Che Guevara, Gandhi, Martin Luther King) et thématique (aventurier, humanitaire). »

Christophe Soulard-Coutant a réparé avec simplicité l’outrage du temps, dans toutes les acceptions du mot.

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