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Médine à la fac, ou la banlocalisation de l’université française

Docteur en droit, journaliste et essayiste
 

Le 28 mars 2017, le rappeur franco-algérien Médine Zaouiche dont, jusqu’à ces jours-ci, la renommée ne dépassait pas – ce qui était sans doute déjà beaucoup et suffisait certainement à combler l’ego de « l’artiste » – les seuils encombrés des caves taguées des immeubles de nos riantes banlieues « allogethnicisées », était l’invité de la prestigieuse École normale supérieure (ENS), également appelée Normale Sup’.

Ce brillant intellectuel qui méritait, à n’en pas douter, d’être convié entre les murs de cette vénérable institution fréquentée jadis par des Brasillach, Simone Weil, Jacqueline de Romilly et autres Émile Durkheim ou Camille Jullian, a entretenu son auditoire sur la nécessité de s’affranchir de la frontière entre culture légitime (littérature dite « classique ») et illégitime (« rap »).

Ne craignant pas le ridicule – d’ailleurs, personne n’a osé le railler sur les réseaux sociaux –, notre trouvère des cités racailleuses a osé la forfanterie en se comparant à… Victor Hugo : « Hugo a cassé les codes du théâtre classique avec le drame romantique. Je trouve que cette démarche ressemble au rap : on n’était pas reconnu dans la tradition musicale française, mais on finit par gagner une légitimité » (Les Inrocks, 29 mars 2017). Comme disait Audiard, les « c… », etc.

Déjà, en 2014, la grande école de commerce ESSEC de Cergy s’enorgueillissait de compter le rappeur musulman parmi sa kyrielle d’invités à l’occasion d’un raout d’intégration (dans tous les sens du terme, puisque les festivités s’adressaient, entre autres, à des lycéens de quartiers aussi défavorisés que généreusement subventionnés).

Le cas « Médine à la fac » n’est cependant pas isolé. Tout à sa médiocrité, l’université française opère, depuis une bonne quinzaine d’années, une mue académique qui, certes, la rend de plus en plus compatible avec l’idéologie des 3M (mondialiste, mercantile, mixophile) mais aussi – et c’est bien plus grave – de moins en moins intellectuellement crédible.

C’est ainsi qu’à Sciences Po l’on est coutumier de « master classes » animées par des rappeurs (tels que Youssoupha, Disiz la Peste ou La Rumeur), que Normale Sup’ propose à ses étudiants un séminaire intitulé « La Plume & le Bitume » centré sur l’étude littéraire des textes de rap, que Paris VIII a mis en place un master « Industries musicales » comportant un module sur l’étude du rap ; l’on en passe, et pas forcément des meilleures…

Et c’est sans compter sur les divers colloques et conférences organisés autour de la sous-culture « hip-hop » où sont évoqués, dans un mélange des genres parfois ambigu, des questions n’ayant que peu à voir avec la « musique » et directement liées à l’identité, au racisme des « non-racisés », etc. Dès lors, par exemple, en mars 2017, s’est tenue dans l’enceinte de l’université de Paris I-Sorbonne une conférence dénommée « Les femmes non-blanches dans le paysage culturel français ».

Sous prétexte de « discrimination positive », l’Éducation nationale a « tiers-mondisé » l’université en l’ouvrant à des influences underground qui, non seulement ne confèrent aucune plus-value à l’intelligence des futures élites du pays, mais, pis, contribuent dramatiquement à la dévalorisation des formations et des diplômes, sinon à l’abêtissement des masses apprenantes.

Bref, l’université et les « grands écoles » sont, tout à la fois, bankable et « banlokable ». Le marché y fait d’autant plus sa loi qu’à travers un public formellement étudiant, c’est exclusivement son essence consumériste qu’il arraisonne, son temps de cerveau disponible ayant été consciencieusement préparé par des années de décervelage scolaire primaire et secondaire.

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