Livre

L'éclipse de la mort

de Robert Redeker

Professeur agrégé de philosophie, écrivain

Ancien membre du comité de rédaction de la revue Les Temps modernes, du comité scientifique du CALS (Université Toulouse-Le Mirail) et du comité de rédaction de la revue Des Lois et des Hommes.

 

Le philosophe Robert Redeker revient, dans son nouveau livre L’Éclipse de la mort, sur la peur de la mort en Occident, sur son évacuation qui s’accroissent avec le transhumanisme.

Vous sortez un nouveau livre qui s’intitule l’Éclipse de la mort dans lequel vous abordez un sujet que peu de gens abordent. Pourquoi avoir écrit un livre sur ce thème ?

D’abord, on ne sait pas pourquoi on écrit un livre. Néanmoins, voici ce qui se passe.
Nous pouvons tous constater un paradoxe au sujet de la mort.
D’un côté, la mort n’est plus dans la cité. On cache les morts. Personne ne vous demande de venir veiller un mort, comme si la mort était une maladie honteuse. En fait, on n’a pas honte, on a peur.
De l’autre côté, cette mort absente est très présente sur les écrans.
Il y a aussi la question du terrorisme. La mort fait irruption dans la cité, qui a mis la mort de côté, sous la forme du terrorisme. Tout de suite, le système médiatique et toute l’industrie du divertissement travaillent à faire de ce retour de la mort un spectacle. Ils neutralisent ainsi la dimension de la mort qui nous questionne. On neutralise ainsi le retour de la mort sous la forme du spectacle.

La dernière question de la quatrième de couverture étonne. Voilà ce qui y est écrit. « En analysant ce que l’éclipse de la mort nous dit de notre époque, il évoque les thèmes de la crémation, de l’euthanasie, de la place du corps et pose cette question cruciale pour notre société contemporaine : “Pourquoi devons-nous nous réjouir d’avoir à mourir ?” » Il est vrai qu’au fil de votre texte, on a l’impression qu’en ne voulant plus regarder la mort en face, on n’arrive plus très bien à vivre. Est-ce que je me trompe ou déforme vos propos ?

On n’arrive même plus à être des êtres humains si on ne regarde pas la mort en face, c’est-à-dire si on ne l’assume pas et si on ne sait pas la questionner ou si on ne sait pas attendre des réponses de la mort.
Or, la mort nous parle. Elle nous parle depuis les débuts de l’humanité. Elle nous a parlé très tôt avec l’art. La naissance de l’art est liée à la mort, j’en parle dans le livre. Elle nous parle avec l’invention de l’inhumation, qui nous distingue de la plupart des bêtes.
Or, nous ne voulons plus dialoguer et communiquer avec la mort. Nous ne voulons plus que la mort nous dise quelque chose.

Comment voyez-vous se profiler toutes ces questions ? On voit notamment la question de l’euthanasie surgir. Cela dit-il quelque chose du déracinement ? Cette évacuation de la mort n’est-elle pas une des formes du déracinement aujourd’hui ?

En refusant la mort sous cet aspect-là du refus, c’est une forme de déracinement encore plus profonde. Nous nous déracinons de notre humanité.
On va vers une sorte de transhumanité.
Réjouissons-nous, en effet, d’avoir encore à mourir, et de ne pas être encore immortels au sens du transhumanisme. Cela fait encore partie de notre humanité et constitue le tissu de notre humanité.
Pendant très longtemps – et cela a été le cœur des religions -, nous pouvions accéder à une immortalité, à un au-delà en passant par la mort.
Ce que nous voulons aujourd’hui, ce que le transhumanisme nous propose, c’est une immortalité technologique qui ne passerait pas par la mort. Nous allons continuer de vivre éternellement aujourd’hui, comme nous sommes, aussi minables que nous sommes. 
C’est finalement deux types d’humanité post-mortem différentes.

Une dernière question. Que signifie votre titre L’Éclipse de la mort ? Après une éclipse de lune, la lune revient. Après une éclipse de soleil, le soleil revient. Voulez-vous dire que la mort s’imposera de toute façon toujours à l’homme ? Ou allons-nous un jour retrouver une forme de raison par rapport à la mort ?

Peut-être les deux.
D’une part, je crois que la mort, c’est le réel.
D’un autre côté, il faut aussi faire confiance à la raison et à la sagesse humaniste qui saura se garder d’outrepasser les limites.
Les phases historiques sont toujours des parenthèses.
Le fanatisme de l’illimitation est aussi, peut-être, une parenthèse.
Verra-t-on – peut-être ou sans doute, il faudra y réfléchir – un jour la parenthèse de l’illimité se refermer ?
Nous comprendrons alors peut-être que nous avons plutôt intérêt à rester mortels.

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Ancien membre du comité de rédaction de la revue Les Temps modernes, du comité scientifique du CALS (Université Toulouse-Le Mirail) et du comité de rédaction de la revue Des Lois et des Hommes.

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