Editoriaux - 7 janvier 2018

Nezzar : le nouveau porte-flingue de LREM

L’anglophonie sévit partout, et principalement dans les allées du pouvoir. Notre jeune président, pardon, notre young leader, a réuni autour de lui une équipe de rêve, heu… une dream team, avec laquelle il va faire le job à coup de task forces : que du jeune (sauf Collomb), du battant, des gars à punch (pas le rhum, la niaque !). Un chouette casting ! Il y a bien un type qui a dû être exfiltré au galop, à peine nommé, parce qu’il y avait une tache sur son acte de moralité. Le nommé Ferrand, soupçonné de turpitudes financières avantageuses, a pourtant vu son affaire rapidement classée sans suite. Il y a bien, également, un autre type qui, nommé chef de parti, conserve son poste ministériel au mépris d’une certaine éthique selon laquelle on ne peut pas courir deux lièvres à la fois, et qui se nomme non-cumul des mandats.

Or, donc, à part ces deux-là, tout baigne.

Et puis, patatras ! Le mouvement tsunamiesque – je veux dire La République en marche – vient de se doter d’un nouveau porte-parole. Il s’agit d’un jeune énarque répondant au nom de Rayan Nezzar. Et l’on découvre, stupéfait, ébahi, rigolard, que le gamin canardait naguère plus vite que son ombre, et dans un langage à côté duquel Michel Audiard pourrait se faire passer pour un émule de Bossuet. Il ne parle pas anglais, lui, comme tout le monde, ce qui aurait dû alerter ses patrons : il parle charretier ! C’est plus classe…

Quelques florilèges de ses tweets assassins : « Bruno Le Maire, guignol et couille molle », « Copé, petite pute : va niquer ta mère », « Juppé est une fiotte ». À une journaliste, il lance « C’est ça, le journalisme ! Poufiasse ! » Sur un tweet parlant d’Aurore Bergé et de Valérie Pécresse, il s’exprime avec la même délicatesse : « Quelle poufiasse, celle-là. » Et ainsi de suite.

Certes, à l’époque de ses plus belles saillies, le personnage n’avait pas de rôle public. C’était en 2013, il y a cinq ans, il y a une éternité… Malheureusement, comme le dit l’adage, « nos actes nous suivent ». Et voilà désormais Nezzar en charge de porter la parole officielle de LREM. À quelques-uns d’entre nous, il faudra désormais un dictionnaire argot – français pour suivre l’actualité du parti.

Certains accueilleront avec soulagement ce grand vent de fraîcheur qui balaye les allées du pouvoir, comme si l’injure et la grossièreté devenaient soudain des vertus virginales et revigorantes.

D’autres, et au sein même du mouvement, pensent que le choix de ce gus pour le poste en question est une grosse ânerie – et je pèse mon mot ! – que ni le ministre chef de parti ni le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale n’ont été assez malins pour voir venir. Cette nomination, qui sera sans doute extrêmement provisoire, en dit long sur l’amateurisme des dirigeants du jeune mouvement ou sur l’aveuglement que confère l’ivresse du pouvoir.

Au moment où le ministre de l’Éducation nationale remet à l’honneur l’étude du français, ne pourrait-il pas organiser des cours de rattrapage pour Rayan Nezzar ? On peut, lui aussi, l’exfiltrer. Pourquoi pas à l’Académie française ! Il y a, justement, un fauteuil qui vient de se libérer.

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