Entretien - Retour en France des djihadistes

Samuel Lafont : « On peut souligner un rejet massif, chez les Français, du retour des djihadistes, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes »


Conférencier / spécialiste en communication digitale

 

Que faut-il faire des djihadistes partis en Irak ou en Syrie qui veulent à présent revenir ? Le débat fait rage en France. Samuel Lafont, à l’origine de la pétition Damoclès, qui rassemble déjà plus de 63.000 signataires, met solennellement en garde contre le danger que représenterait ce retour et relève que l’opinion publique y est massivement opposée.

Samuel Lafont, que faut-il faire des djihadistes qui ont combattu en Syrie et qui veulent revenir en France ?

Avec Damoclès, nous avons lancé une pétition au mois de novembre sur ce sujet. Elle fonctionne très bien. Elle a été relancée à partir de janvier, car le débat est relancé en France.
Sur sa pétition, Damoclès est à plus de 63.000 signatures et nous comptons plusieurs milliers de nouveaux signataires chaque jour depuis début janvier. C’est donc un mouvement qui prend de l’ampleur.
On peut souligner un rejet massif des Français vis-à-vis du retour des djihadistes, quels qu’ils soient, hommes ou femmes.

Après avoir observé les différentes presses, pensez-vous qu’il y ait un consensus sur ce point ?

Tous les sondages qui ont été faits sur ce sujet sont très clairs. 90 à 95 % des Français sont contre le retour des djihadistes en France. C’est massif.
J’invite donc un maximum de gens à signer la pétition de Damoclès. Il suffit de taper  »stop djihadistes Damocles » sur Google pour la trouver. C’est important, car on sait que l’État écoute l’opinion publique sur le sujet. Signer une pétition a un impact.
Le discours commence à changer. Si le gouvernement et M. Macron parlaient d’abord de faire du  »cas par cas », c’est-à-dire laisser la porte ouverte à toutes les possibilités. Maintenant, le discours est un peu plus nuancé. On n’entend plus Benjamin Griveaux dire que si les femmes veulent être jugées sur place, il faut qu’elles le soient.
J’invite les gens à se mobiliser pour que le gouvernement refuse le retour des djihadistes.
Beaucoup d’exemples nous montrent qu’il est dangereux de les récupérer.

Qu’en est-il des femmes et des enfants de djihadistes ?

Nous sommes très clairs là-dessus et l’opinion publique aussi. Les gens veulent qu’ils restent tous là-bas.
Une partie des avocats essaie de faire pleurer dans les chaumières en demandant le retour des femmes et des enfants. Ils sont évidemment partiaux. Leur objectif est de faire revenir un maximum de gens en France, peu importe ce qu’ils ont fait là-bas. Si on les écoute, tous ces djihadistes auraient été pâtissiers ou infirmiers là-bas et personne ne se serait battu. La réalité est tout autre. Ils se battent contre les armées française et syrienne et contre les Kurdes. Ce ne sont pas des enfants de chœur.
Quand on voit l’interview faite par les Kurdes de la djihadiste Émilie König après son arrestation, c’est édifiant. C’est une Française convertie, très connue dans le milieu djihadiste. Elle a milité en France pour le djihad pendant des années, puis est partie en Syrie dès 2012. Elle a recruté énormément de femmes pour l’État islamique, c’est à dire des femmes qui ont soit combattu soit fait des enfants, ou les deux.
Les Kurdes ont bien précisé que les femmes capturées l’ont été alors qu’elles combattaient. Il ne faut donc pas dire qu’il y a d’un côté les hommes qui se battent et de l’autre les femmes qui ne se battent pas.
Le deuxième argument fallacieux utilisé notamment par France 2 consiste à dire que ces gens risquent 30 ans de prison. La réalité n’est pas celle-là. Une étude a été faite à partir des 126 jugements déjà rendus. La peine moyenne prononcée est de 6 ans. Il faut que les Français s’en rendent compte. La peine moyenne est de seulement 6 ans, sans compter les remises de peine.
Il est certain que plusieurs dizaines de djihadistes qui n’ont pas changé leurs ambitions vont sortir de prison d’ici 2020. Ils seront libres en France.
Un autre chiffre frappant, sur 66 femmes djihadistes revenues en France, 52 sont en liberté.

Conférencier / spécialiste en communication digitale

Cet article a été lu 7229 fois
Cette statistique n'est pas mise à jour en temps réel