Entretien - Éducation

Gilles Ardinat : « Ce plan étudiant sera un échec car l’objectif qui y est affiché ne sera pas traité! »


Professeur agrégé d’histoire-géographie, universitaire et militant souverainiste

 

Le 30 octobre dernier, le gouvernement dévoilait le « plan étudiant » destiné à mettre fin au scandale du tirage au sort à l’université.

Gilles Ardinat, professeur agrégé d’histoire-géographie, conseiller régional FN Occitanie et coordinateur national du Forum École & Nation pour le Front national réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Selon lui, le diagnostic n’a pas été fait parce qu’Édouard Philippe ne dit pas quelle est la raison profonde de l’échec. C’est l’idéologie socialiste du « bac pour tous » menée en 1985 qui est à l’origine du problème de l’échec des étudiants en première année. On ne pourra pas régler le problème de l’engorgement des universités sans revenir sur la gestion du baccalauréat, qui doit redevenir un diplôme sélectif.

Gilles Ardinat, le gouvernement a présenté, le 30 octobre dernier, le plan étudiant qui va mettre fin au tirage au sort pour les universités. Ce plan va-t-il dans le bon sens ?

Quelques mesures sont positives.
Vous parliez de la fin de cet immense scandale du tirage au sort à l’université. On peut mentionner, également, la réforme des mutuelles étudiantes. Ce système scandaleux, où notamment la LMDE, une émanation de la gauche, gérait de manière opaque et inefficace la santé des étudiants.
Quelques éléments vont dans le bon sens.
Cela dit, ce plan étudiant sera un échec. L’objectif affiché est de régler le problème de l’échec massif en première année. Ce problème ne sera pas traité.

S’agit-il donc seulement de belles paroles ?

Le plan ne peut pas fonctionner, car le diagnostic n’a pas été fait.
Édouard Philippe doit rester dans le politiquement correct, c’est son rôle. Il refuse donc de dire le mal à l’origine de cet échec massif.
L’échec est pourtant bien massif. Plus de 60 % des élèves inscrits à l’université vont échouer les premières années sur le cycle licence. Cet échec est la conséquence de l’idéologie socialiste du bac pour tous. Monsieur Philippe ne veut pas le dire.
En 1985, les socialistes au pouvoir ont décidé, de manière parfaitement dogmatique, de faire passer les fameux « 80 % d’une génération titulaire du bac ». Aujourd’hui, nous y sommes. 80 % d’une génération est titulaire du baccalauréat. Cette idéologie du « bac pour tous » est la cause numéro 1 de l’engorgement de l’université. Nos universités sont littéralement submergées par des flots d’étudiants toujours plus nombreux, dont une très grande partie n’ont absolument pas le profil pour y réussir.
L’idéologie socialiste du « bac pour tous » a entraîné tout notre système scolaire et universitaire dans une fuite en avant.
Monsieur Philippe avec monsieur Blanquer et madame Vidal pourront mettre du tutorat en première année, renforcer l’orientation en terminale et mettre des sparadraps sur le problème, cela ne réglera pas le problème de fond.

Faudrait-il mettre l’accent sur les parcours professionnels ?

Reconnaître la diversité des profils des élèves et des parcours est évidemment indispensable.
On veut mettre toute une génération dans un parcours unique qui commence par le collège unique et ensuite par le « bac pour tous ». Cela pousse tout le monde de manière artificielle dans une direction avec le fiasco que l’on connaît aujourd’hui et la désaffection des filières professionnelles.
Pour régler le problème de l’échec en première année, il faut assumer la sélection. Elle doit se faire idéalement au moment du bac. Le baccalauréat doit redevenir ce qu’il a été jusqu’aux années 80, c’est-à-dire un diplôme très sélectif.
J’alerte les auditeurs de Boulevard Voltaire sur les conséquences de ce « bac pour tous ».
En 1985, il y avait à peu près 250.000 bacheliers chaque année. Aujourd’hui, il y a plus de 640.000 bacheliers chaque année. Imaginez-vous le volume d’étudiants que cela entraîne dans les universités ?
Cette augmentation quantitative a été en grande partie obtenue par une baisse de la valeur du bac.
Dans les années 80, le taux de réussite sur les bacs technologiques et généraux était de 65 %. À l’époque, le système français assumait une vraie sélection. Aujourd’hui, le taux de réussite sur ces mêmes baccalauréats est de 90 %. Et on va continuer à pousser des masses de jeunes dont beaucoup n’ont absolument pas le profil.

Professeur agrégé d’histoire-géographie, universitaire et militant souverainiste

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