Symbole capitaliste : le Che plus fort que Mickey !

Journaliste, écrivain
 

Ce 10 octobre 2017, on fêtait le demi-siècle de la mort d’un certain Ernesto Rafael Guevara, surnommé « le Che ». Tombé en Bolivie dans une guerre révolutionnaire totalement absurde, il entendait soulever les paysans contre la junte militaire au pouvoir, alors que cette dernière, pour une fois, avait la férule un peu moins lourde sur l’échine des gueux. On dit même que ce sont ces derniers qui l’auraient donné. Allez savoir.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les hommes de la CIA, qui ne campaient pas loin en embuscade, ne se sont pas privés de laisser aux photographes du monde entier le soin d’immortaliser l’auguste dépouille sous toutes les coutures ; histoire de couper court à toute rumeur complotiste. On est donc sûr que depuis, le défunt ne coule pas des jours heureux à Hawaï, en compagnie d’Elvis Presley et de Marilyn Monroe. Si mise en scène il y eut, au moins fut-elle réussie, au contraire de celle d’un autre assassinat, celui de Ben Laden, par exemple. Comme le confiait naguère Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères, au magazine Flash : « En la matière, les Américains perdent la main… »

Ernesto Rafael Guevara, donc. Un « héros », une « figure emblématique », une « icône », un « totem » ; soit tout le contraire d’un Fidel Castro, le vieux maître cubain. L’un est toujours chic et l’autre devenu toc. Logique : le Che est mort jeune. Comme James Dean et Eddie Cochran. La révolution sera svelte ou ne sera pas. Avec, en prime, le ventre plat. Alors que l’autre, en survêtement Adidas, la main qui tremble, au bord du malaise vagal entre deux audiences papales, il avait déjà moins le swag. Pire : Castro a arrêté de fumer, alors qu’avant que ne survienne le paquet de cibiches anonyme, les jeunes zinsoumis pouvaient piocher dans leurs paquets de Che. Quelle ironie. Guevara devenu symbole du capitalisme de combat. Décliné sous forme de tee-shirts, de mugs, de tobacco king size et de pins. Hollywood l’a même gratifié d’un biopic, comme un jour Lady Gaga aura le sien.

Visuellement, il était évidemment le plus cool des deux. Imagine-t-on un ado punaiser un poster de Castro dans sa chambre, à moins d’être sévèrement perturbé ou gravement puceau ? Des deux, le Che était pourtant le plus sanguinaire, était un idéologue auquel l’idée purificatrice consistant à faire tonner la poudre ne déplaisait pas. Pour tout arranger, ses errements tiers-mondistes dissimulaient mal le racisme congénital de ses origines bourgeoises. Pour tout arranger, c’était un Argentin, pas l’une des peuplades les plus aimées du continent latin, qui ne comprenait guère les Cubains, leur goût de la fête, du rhum, de la salsa et des chicas aux reins cambrés au bon endroit.

Castro, lui, était madré, tuait ou faisait tuer quand il le fallait, pas quand cela lui plaisait. Il était à Staline ce que Guevara était à Trotski. Le pragmatique et l’idéologue. Le patriote à sa manière et l’internationaliste sans frontières. Fidel, plus sentimental que Joseph, ne put jamais se résoudre à refaire le portrait d’Ernesto à coups de piolet, le laissant s’égarer dans des équipées exotiques où l’homme au béret se couvrit de ridicule et de sang. En Bolivie, il finit par le lâcher. Franco avait déjà fait de même avec Jose Antonio Primo de Rivera, le chef phalangiste, durant la guerre d’Espagne. Le réalisme plutôt que l’aventurisme.

D’ailleurs, le Líder Máximo admirait le Caudillo. Maintenant qu’à La Havane s’ouvre une page politique très relativement nouvelle, il n’est pas interdit de dresser le bilan du castrime. Il n’est pas si noir et rouge que ça, comparé à celui de ses voisins de « droite », genre Guatemala, Honduras ou Salvador. Si les prisons locales continuent d’héberger leur lot de prisonniers politiques, rappelons tout de même que le seul goulag cubain demeure encore Guantánamo ?

En attendant, c’est la fête au Che, homme qui est à peu près à la révolution ce que Mickey fut à la lutte anticapitaliste et la cause animalière.

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