Trouver un médecin et le garder… c’est très compliqué !

Médecin
 

Le maire et les habitants de Bours (Hautes-Pyrénées) sont dépités : le médecin roumain auquel ils avaient accordé des aides à l’installation fort avantageuses en échange de l’engagement de rester dans leur petite commune durant cinq ans s’est envolé, au bout de douze mois… vers la Martinique.

Un vieux proverbe de nos campagnes dit qu’il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. C’est pourtant ce que font de nombreux maires ruraux depuis des années, dans le fol espoir de faire venir des médecins dans leurs communes. Ils pensent que les praticiens s’attirent comme les mésanges, en leur installant des nichoirs sous forme de coûteuses maisons médicales. Et comme on voit souvent grand avec l’argent des autres, on les prévoit même pluridisciplinaires…

Pour les bergeronnettes ou les sittelles, il suffit d’attendre qu’elles s’établissent ; mais pour les médecins, les édiles s’adressent à des agences de recrutement spécialisées qui – moyennant une vingtaine de milliers d’euros – trouvent la perle rare, généralement au bord du Danube. On sait que pendant la ruée vers l’or, ceux qui se sont vraiment enrichis, ce sont les marchands de pioches !

En Roumanie, pays dont la langue latine permet d’appréhender le français assez facilement, les médecins sont payés environ sept cents euros par mois. Depuis la libre circulation et la reconnaissance mutuelle des diplômes en Union européenne, la France leur apparaît donc comme un eldorado, d’autant que la concurrence permet de faire monter les enchères, sur les loyers notamment, dont une période de gratuité est le plus souvent négociée. C’est après que les soucis commencent.

En 2013, par exemple, le maire de La Motte (Côtes-d’Armor) avait entamé une grève de la faim devant le Conseil de l’ordre des médecins de Saint-Brieuc : celui-ci ne voulait pas inscrire le nouveau médecin roumain de la commune à cause de « ses faiblesses en français »

Ailleurs, comme à Lavaveix-les-Mines (Creuse), ce sont les habitants qui, après l’avoir réclamé à cor et à cri, se montrent méfiants vis-à-vis du nouveau venu. Certes, depuis Fernand Raynaud et son « sale étranger qui vient manger le pain des Français » (c’était le boulanger du village), nous avons fait des progrès. Mais les Parisiens vous le diront, « en région » (comme on dit maintenant), le vivre ensemble a encore des progrès à faire ! Alors, le pactole médical espéré est rarement au rendez-vous.

Et même quand la clientèle est bien là, il y a un petit détail bien de chez nous qu’outre le coût de la vie, on avait omis de signaler aux confrères subcarpathiques : le coup de massue fiscal et social, lequel ne leur tombe dessus qu’au bout de deux ou trois ans. Ils mesurent alors le gouffre qui sépare le chiffre d’affaires du revenu disponible résiduel et se demandent si c’était bien la peine de quitter un pays ex-communiste pour un pays quasi socialiste…

Ajoutez à cela le spleen du pays, l’éloignement de la famille et des amis, les difficultés d’intégration ou d’emploi du conjoint et vous comprendrez pourquoi tant de nids restent vides.

POUR ALLER PLUS LOIN